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Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:35

La première version de cette « retrospective de ma vie » contenant environ 3600 mots (contre à peu près 28000 à présent) a été rédigée assez rapidement le 17 juin. Je l’ai par la suite jusqu’au 21 octobre corrigée pour être plus fidèle à mon histoire. Je m’excuse par avance si l’on ressent à la lecture du texte une impression d'imprécision et de « mystère de polichinelle », que j’explique comme une conséquence de mes troubles suite à la peur de déclencher des angoisses existentielles (c’est un des buts du texte d’expliquer d’ailleurs ces troubles)1.


Dernière édition par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:52, édité 4 fois

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petite enfance

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:36

En maternelle, je me souviens avoir vécu dans un sentiment de tristesse, comme si j'étais seul et abandonné dans un endroit étranger, « hostile ». C'est comme s'il y avait eu un voile trouble entre moi et le monde. Je l'ai aussi vécu comme un lieu d'expériences concurrentielles avec les autres et tenté de me fondre dans une réalité différente de la mienne. Le premier souvenir de maternelle date certainement de la première année de classe : les enfants dont je faisais partie, devions faire l’exercice de nous mettre debout à partir de la position assise mais sans utiliser les mains. Je n’avais pas été satisfait de ma réalisation et avais vécu là une grosse frustration en constatant « ma réalisation » de l’exercice par rapport celle des autres. J’ai éprouvé l’impression de n’avoir pas réussi l’exercice aussi bien qu’eux. C’était comme ci cette expérience avait révélé, mis au grand jour une infériorité. Elle me paraissait intrinsèque à moi et dès lors lourde à porter sur mes épaules. Je ne sais pas bien pourquoi j’ai eu cette exigence vis-à-vis de moi-même. Soit certains éléments extérieurs m’ont conduit à réaliser cette comparaison soit peut-être aussi avais-je un caractère perfectionniste. Dans les années suivantes, mon sentiment s’est précisé avec un sentiment de ma différence avec les autres, sentiment qui a provoqué une légère agressivité envers les autres puis leur réaction de rejet d’une intensité proportionnelle à cette agressivité. Je me souviens aussi pendant cette période, de ces moments de relaxation durant lesquelles nous écoutions une musique douce et mélodieuse. J’associais cette musique à un scénario curieux, celui d’une araignée géante et fascinante qui usait de ses pattes avec tant de précision et d’habileté pour se déplacer. J’imaginais qu’elle était peut-être à ma recherche ne sachant pas bien si elle serait protectrice ou dangereuse. Sous l’emprise de cette musique (que je voudrais tant retrouver aujourd’hui), je pleurais intérieurement et ai surement du verser à ces occasions une ou deux fois des larmes de souffrance.
Un peu plus tard, j’ai aussi eu cette expérience difficile certainement en deuxième année. Je relie cette expérience à l’expérience précédente soit de par la continuité de ma personnalité commune à ces deux évènements, soit par la nature des émotions ressenties qui me semble proche. Lors d'un atelier, nous devions réaliser une lampe en terre cuite, avec un abat-jour en laine. Je me souviens avoir eu un blocage à la réalisation de l'abat-jour, lorsqu'il avait fallu enrouler la laine autour de l'armature en fer. Comme si cette tâche avait catalysé mon sentiment de différence avec les autres. Je ne sais pas bien ce qui m’avait gêné. J’ai le vague souvenir que mon trouble était lié à une difficulté par rapport à la sensation de l’espace physique, peut-être avais-je eu le premier sentiment d’irréalité, d’étrangeté, de voile avec le monde au travers de cette expérience qui avait nécessité peut-être pour la première fois une réelle mobilisation de l’attention pour interagir avec « l’espace physique ». Peut-être, avais-je commencé à enrouler la laine auquel cas, j’avais été freiné par mon sentiment d’étrangeté, et alors même peut-être défait quelques boucles pour recommencer pour être à nouveau insatisfait et ainsi de suite... Mon insatisfaction avait de plus été surement accentué par les instructions de la maîtresse indiquant quoi, comment faire, peut-être même voir dans quel temps réaliser la tâche. Elle n’avait pas tardé alors à voir que je « n'avançais pas ». Elle-même s’était demandé ce qui n'allait pas. J’avais alors été extrêmement frustré et elle m’avait reproché d’être trop en retard par rapport aux les autres qui ne tardaient d’ailleurs pas à finir. J’ai eu l'impression de ne rien valoir, d’être très inférieur aux autres. D’autres « incidents » me sont en mémoire, comme celui où vers l’âge de 6 ou 7 ans, j’avais essayé de tracer une « étoile de David ». Je cherchais quelque chose comme les meilleures proportions, ou que sais-je encore. Mais même après une dizaine de feuilles gâchées, j’étais toujours insatisfait et avait alors piqué une crise de nerf. Ce qui était peut-être le plus frustrant était que je ne comprenais pas vraiment ce que je recherchais ni pourquoi j’attachais tant d’importance à une chose si imprécise. Je pense que j’avais certainement en tête l’idée de perfection dans les proportions de cette étoile mais sans savoir si on pouvait vraiment la trouver et je restais avec la frustration de voir que mes réalisations ne m’aidaient pas à avancer vers la réponse. Je cherchais à ce que ma réalisation provoque une émotion de beauté et d’admiration inaccessible, comme si même si mon cerveau savait que quoique je fasse ça n’irait jamais, je devais quand même tenter d’y arriver.
Autre souvenir fort, un peu plus âgé vers 7 ans, dans la cour de récréation de l’école de maternelle, je m’étais figé devant la feuille d’un arbre en l’observant comme si elle était étrangère au monde. Je peux retracer l’enchainement des idées qui se sont produites lors de cet évènement et qui avaient traversé mon esprit :
1. Pourquoi les nervures de la feuille font cet angle précis par rapport à la nervure principale ?
2. Qu’est-ce qui me prend : pourquoi je me mets à me poser une telle question et a tant vouloir une réponse ? Je sens une sorte de pression, d’angoisse liée à l’incomplétude, ce « non-savoir » mise en évidence par cette interrogation.
3. Je pourrais chercher la réponse en questionnant les personnes autour de moi, mais en réalité je sais que personne sur terre ne peut donner une « explication totale », c’est-à-dire qui n’amènera pas ensuite à d’autres questions ou questionnements et ainsi de suite à l’infini.
4. Je sens en moi une tempête de réflexion aussi intense qu’il est clair que ma question n’a pas de réponse complète. Je ressens malgré moi une mélancolie de constater que les choses sont ainsi, sans trop savoir pourquoi exactement néanmoins.
5. Comment continuer à vivre et mener ma vie avec ce sentiment et cette tempête ? Que dois-je faire de tout cela ?
6. Je dois arrêter, sinon, la seule chose à laquelle j’aboutirai serait l’affirmation explicite de ma non volonté de vivre dans ce monde au risque de choquer tout le monde
7. Je porterai sur mes épaules cette difficulté et ce secret pour toujours, ça me gâchera toute ma vie, mais que puis-je faire d’autre ?
Finalement je quittais la maternelle, et j’ai appris bien plus tard que la directrice de l'école maternelle avait conseillé à ma mère que j’aille un psychologue. Mais je ne connais malheureusement pas les détails précis et motivations de la directrice.

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« défaite »

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:37

Par la suite, durant toute ma scolarité, j'ai toujours constamment lutté et souffert psychologiquement de la souffrance provoquée par des troubles que je mets en relation avec ces évènements de la maternelle car il en a résulté un sentiment de souffrance de « même nature ». Lors du premier jour d’école en CP, l’ambiance était si feutrée, le déroulement si protocolisé (en rang, chacun à sa place, en silence en attendant que l’institutrice termine, je ne sais quelle tâche administrative etc.), que j’ai eu comme l’impression d’être dans l’antichambre de l’enfer. Bien sûr les mots sont forts, mais je pense avoir eu la vision que l’école, cette fois-ci « la vraie », serait là où je devrai non pas par exemple, apprendre, mais avant tout souffrir. C’était comme si on m’avait enfermé dans une pièce exigüe au coté d’un ennemi voulant me faire la peau. Au bout d’une heure, j’ai craqué et du vomir pour faire redescendre la tension.
L’année suivante, en Ce1, l’institutrice nous avait exposé la reproduction du célèbre visage composé de fruits. L’activité ce jour là était sans doute de faire notre propre version du tableau. Globalement, l’institutrice voulait qu’on fasse « pareil ». Mais blocage. Sans explications, sans instructions sur ce « pareil », j’avais eu l’impression d’être jeté à l’eau sans savoir nager. L’institutrice avait instauré certainement « cette absence de directive » afin de justement permettre aux élèves de faire fi de certaines difficulté et exprimer leur « élan artistique ». Mais cela a produit chez moi l’effet exactement inverse, car je n’ai pas compris l’exercice selon les intentions de l’institutrice. L’objectif pédagogique de l’activité était de susciter chez les élèves quelque chose comme l’expérience de la liberté d’expression au travers de l’art. Mais cet exercice a été pour moi un vrai calvaire psychique, je me souviens avoir été dans un état de rumination extrême sans fin, d’anxiété presque panique. Ce qui était à l’origine de ces émotions, c’était l’idée de « possibilité », possibilité qu’un visage ressemble vraiment à ce qu’on voyait dans ce tableau. Même si le monde représenté par cette peinture est bien évidemment tout à fait le dernier à faire sens et à être réaliste, ce qui m’avait aussi troublé dans ce tableau c’était pourquoi finalement, nous n’aurions pas des fruits dans le visage, bien sûr c’est absurde, mais après tout pourquoi pas ? Ce que cette peinture me suggérait, c’est pourquoi le monde est comme il est, et pas autrement. Ce qui m’inquiétait aussi c’était le « mystère de la représentation. » Comment se fait-il qu’on puisse représenter ce que l’on voit ? C’était comme si j’avais besoin de trouver un théorème qui démontre par a + b que le monde est fait de sorte qu’on puisse représenter ce que le voit et produire les mêmes sensations par la vision de la représentation ou de l’objet représenté.
J’avais bien compris par intuition que l’institutrice voulait nous permettre en quelque sorte « d’évoluer » en découvrant une autre forme d’expression de soi mais il s’était agi pour moi finalement de comprendre d’abord pourquoi le monde était comme il était, et avait pensé qu’il fallait dépasser cet obstacle pour atteindre les « objectifs pédagogiques ». Mais j’étais incapable bien sûr d’avoir une réponse, mais tentais tout de même de le faire. C’était un besoin beaucoup trop fort pour moi, et j’avais l’impression que les autres enfants y arrivaient bien puisqu’ils s’amusaient de l’exercice avec une insouciance qui tranchait tellement avec mon état panique. Malgré quelques encouragement désespérés de l’institutrice, je dus « abandonner ». J’étais en réalité frustré de ne pas avoir pu concrétiser quoique ce soit. N’ayant pu que m’exempter de la tâche, j’avais le sentiment d’avoir été abandonné et surtout sacrifié à l’exercice par l’institutrice. J’en retirais un sentiment d’infériorité si immense et évident, que je me sentais aussi humilier. D’ailleurs, je me souviens alors avoir eu besoin de me raccrocher au nom de cette matière dans laquelle j’éprouvais tant de difficultés, afin de pas passer à coté de cette « évolution » mystérieuse qu’on attendait de l’élève. Cette matière s’appelait l’« éveil » et je me suis demandé si on l’aurait durant toute notre vie scolaire, car ca m’aurait peut-être alors permis de pouvoir parler enfin de mes troubles. Malheureusement, non, ce n’était pas vraiment une matière scolaire, plus une activité réservée uniquement aux enfants durant leurs premières classes de primaires. Cela confirmait donc que je resterai ainsi toute ma vie : « non-éveillé ». Terme dont je comprenais le coté négatif et humiliant, au travers de son pouvoir allégorique. J’ai bien du discrètement, essayer de chercher des motifs pour voir les choses de manière plus positive, en demandant à ma mère avec un peu de honte, ce qu’elle conclurait en tant qu’adulte si un enfant éprouvait des difficultés dans cette matière dont je lui rapportais le nom. Mais cette matière relevant plus d’une activité scolaire à durée de vie limitée dans la scolarité d’un enfant, elle n’a pas du bien savoir quoi répondre et m’avait dit, avec une ironie involontaire, que les enfants ne « s’éveillaient » pas tous au même rythme de toute façon (et encore une fois, on ne cherchait pas à ce que j’exprime mon mal-être).
C’est certainement vers cet âge que j’allais aussi régulièrement chez une orthophoniste, car on avait jugé que je ne parlais pas suffisamment2. Lors d’une consultation, lors d’une activité, j’avais lu le mot « pièce », qui peut désigner soit une pièce de monnaie, soit une pièce d’appartement. En pensant à la polysémie du mot, j’avais alors été plongé dans une angoisse et une sorte de tétanie que l’orthophoniste a alors remarqué. L’impression a été celle de passer à coté de la compréhension de quelque chose, comme si ce mot avait catalysé tous ce que je devrais savoir à propos du monde. Je comprenais pourtant parfaitement bien qu’un mot puisse avoir deux sens, mais une anxiété incompréhensible s’était tout de même soudainement et bizarrement emparée de moi.
Cette même année là, en CE1 donc, je suis tombé « amoureux » d’une fille de la même classe. Mais, nous étions en fait deux « prétendants ». Certainement pour répondre à notre demande de tirer cela au clair, elle nous avait alors donné son classement pour nous départager. J’ai été « le premier » le premier jour, étonné, osant à peine y croire. Mais le jour suivant, la question était reposée et cette fois-ci j’étais le second des deux. Et ainsi de suite, chaque jour jusqu’à la fin de l’année comme une torture quotidienne humiliante, je suis resté second. Lors de cette année, j’ai pris encore avec davantage de gravité ma différence avec les autres, et osait à peine voir la réalité en face, que je devrais vivre avec un handicap sourd.
Le CE2 est la période où mes ruminations et mes angoisses ont réellement pris complètement le dessus sur moi. C’est en quelque sorte la période de ma capitulation totale, celle où mes troubles peuvent se considérer comme les « vainqueurs de la guerre ». En effet, je me souviens de ce moment où surgissaient des idées déclenchant un besoin de « tout comprendre ». S’il fallait apprendre telle chose, mon cerveau se mettait automatiquement à la disséquer en sous-idées, puis à les étudier sous toutes les formes, à nouveau recommencer sur ces sous-idées auquel il fallait encore appliquer le même processus. Peu à peu, au cours de cette rumination, le sentiment d’impuissance survenait, comme si au fond ce que je cherchais in fine était le sentiment d’embraser le mystère du monde, mais que ce processus d’analyses du monde, de la réalité ne permettait en fait pas du tout d’y parvenir. Pourtant mon besoin de parvenir à ce sentiment de complétude restait intact. Les idées qui avaient surgi dans mon esprit de manière incontrôlée, avait piqué ma personnalité, piqué presque physiquement mon cerveau comme des flèches empoisonnées. Elles faisaient en réalité mal, n’exacerbaient que davantage ma situation d’impuissance et mon besoin de connaître le monde. C’est à ce moment là, que j’ai réalisé comme un « suicide de la pensée ». Comme si je disais à ma volonté de comprendre, à ma capacité de penser : « vous n’êtes que source de souffrance, la réalité se moque de vous, fanfaronne devant vous, elle est bien plus forte que vous et vous n’avez donc d’autres choix que de vous cacher, de rester en retrait, de fuir et ceci à tout jamais ». C’est à partir de là que s’est opéré donc « une troncature de ma pensée ». Je fais depuis, inconsciemment le maximum d’effort pour ajuster, comme avec un curseur, le niveau de profondeur de mes pensées, leur limite. Mes pensées sont bien plus caractérisées par cette limite positionnée inconsciemment que par leur valeur en terme de contenu. En quelque sorte, dans mon esprit, c’est toujours cette limite à déterminer (pour les choses nouvelles) ou qui a un jour été déterminée (pour les choses nouvelles), qui conditionne ma pensée, et en réalité jamais ce que j’ai à exprimer. C’est ainsi, qu’est apparu pour les premières fois, mes inadaptations. J’ai changé pratiquement du jour au lendemain, tout d’un coup, je suis devenu « rêveur », « déconcentré », et ait renvoyé cette image d’une personne un peu torturée. Il y alors a eu les premières répercussions scolaires réelles : le dernier bulletin de note en CE2, une phrase de conclusion en apparence anodine disait « ... [à peu près correct]... mais vos étourderies vous joueront des tours ». Mes parents avait remarqué mon changement, me mettant vaguement la pression en me disant que j’étais soudain devenu un peu « paresseux » et simplement que je devrais écouter ce que l’institutrice avait dit, et être un peu moins « distrait ». Je me sentais incapable de communiquer ce que je ressentais au fond car après tout, j’avais baissé les bras, je devais donc accepter ma culpabilité, mon sort, « ma défaite » [c’est très dur pour moi d’exprimer ceci, les larmes coulent même]. C’est comme ci, cette orientation de ma pensée vers « pourquoi le monde tel qu’il est ? » accompagnée de la sensation d’angoisse « flotte » perpétuellement entre ma conscience et mon inconscience. On dit que les fous ne savent pas qu’ils sont fous, mais finalement, ai-je bien conscience de la bizarrerie de ce questionnement tant qu’il exerce toujours ces effets sur moi, et tant que je semble y tenir tant, le trouver justifié ? Mais l’origine de ce trouble psychologique est-elle organique ? Psychologique ? Spirituelle ? Les années suivantes, je n’ai pas voulu laisser à mes parents l’occasion de « m’éduquer » avec autorité voir même violence, pour corriger des idées et comportements « bizarres » que j’aurai pu à peine exprimer en alignant quelques mots et qu’ils ne comprendraient pas du tout. Alors que les exigences scolaires augmentaient, un mal-être sourd et profond agirait au fond de moi comme une réelle personnalité. Je faisais en sorte que le minimum de perturbations ne transparaisse dans mes « bulletins de notes », jusqu’à « pousser la chanson » à arriver premier lors du dernier trimestre de primaire. L’institutrice m’avait encouragé dans ce bulletin : « je te souhaite de longues études... », c’était comme si elle avait vu le coté « dramatique » de mon destin, et avait voulu m’adresser à travers ce message crypté, une certaine bienveillance dont je pourrais me souvenir dans les moments difficiles afin de ne jamais perdre de vue la petite lumière au fond du tunnel permettant de garder espoir. Peut-être, fantasme-je complètement sur les intentions de cette institutrice mais je ne peux pas non plus totalement écarter qu’elle m’ait envoyé même inconsciemment ce « message subliminal ».
Entre les années scolaires aussi, je dois aussi parler des colonies de vacances du comité d’entreprise de la RATP où je partais en été (j’ai du y partir 4 fois entre 10 et 16 ans). Le changement de contexte et d’environnement que ces colonies provoquaient, me perturbait beaucoup. Ma mère, mes parents me manquaient aussi. Evidemment, le contact avec les autres enfants mettaient en évidence à nouveau mes différences et mes angoisses. Les souvenirs, impressions et surtout émotions attachées à ces vacances sont très clairs dans ma mémoire. Je les livre sans détails, sans différencier les émotions et des évènements : l’impression de ne pas être au monde, un conflit avec un enfant me méprisant et m’insultant ; les matchs de football, seul domaine où je me sens comme les autres enfants, voir meilleur ; une rhino-pharyngite me clouant seul de longues journées à l’infirmerie créant une détresse existentielle et heureusement, une femme venant gentiment me voir de temps en temps pour passer un peu de temps avec moi ; mon frère en panique devant mon visage continuellement pale et triste, mon attitude désespérée, déconnectée du monde ; une journée dans la solitude allongé dans le lit d’une salle d’infirmerie (j’étais d’une apparence si pâle et si profondément triste que la monitrice avait pensé qu’il valait mieux que j’aille à l’infirmerie), incapable de m’endormir, les yeux au plafond, plongé encore et encore dans des pensées me rendant triste, cherchant à comprendre pourquoi je suis si étranger au monde ; mes difficultés à être sur la même longueur d’onde, à être extériorisé comme les autres enfants ; cet enfant dont le coté tyrannique et extraverti attirant à lui tout le groupe de filles, le sentiment d’injustice, de solitude de cette « loi du plus fort » (mais aussi cette petite fille forcément attirante, mais aux gentils yeux verts jouant un peu avec moi avec des cartes en toute simplicité) ; des chaussures dont la semelle ne tient plus que par la moitié arrière du pied, ce que j’essaie de cacher de honte, n’osant déranger personne mais en espérant surtout secrètement que quelqu’un s’intéresse un peu à moi, et finalement des pieds trempés un jour de pluie ; ma tristesse profonde et des larmes cachées dans un bus à l’écoute du « petit âne gris » d’Hugues Aufray m’évoquant le pays où je passais justement les vacances ; mon regard fixe, assis coté fenêtre dans le bus roulant, sur les fils accrochés au poteaux électrique en bois et donnant l’impression sous l’effet du mouvement du bus, d’une seule et unique long fil électrique continue, mon angoisse à essayer de comprendre ce phénomène, mais sans trop savoir non plus ce que je recherchais ; mon sentiment de détachement de la réalité, tout ce paysage qui se déroule et que je ne connais pas, qui me restera inconnu à tout jamais, pourquoi est-il là alors ? Comment ?
Dans mon enfance particulièrement, j’ai eu un rapport difficile avec le sommeil et la vie nocturne. Dans la famille, c’est une de mes caractéristiques connues chez mes frères et parents. Mon premier rêve date de l’âge de 3 ans et demi. J’étais « en vacances » chez ma tante avec mes grand-parents et une nuit ou lors d’une sieste, j’étais allongé sur le ventre et l’oreille sur le matelas si bien que j’entendais les petits « boum » de mon coeur sans comprendre d’où ils provenaient. J’étais assailli par la vision de soldats à la marche autoritaire et terrifiante. J’avais alors associé les battements de mon coeur au rythme régulier du bruit des bottes des soldats sur le sol lors de leur marche militaire. Cette image était conditionnée uniquement par les battements de mon coeur, je n’avais aucune maîtrise dessus. Croyant à la perte de contrôle totale de mon univers psychique et psychologique, j’avais alors paniqué à l’idée de rester ainsi dans cet état assourdi par ces bruits que j’avais amplifié mentalement dans mon rêve. Ensuite, vers mes 6 ans, j’ai une période difficile où je faisais beaucoup de rêves sur le même thème : dans ces rêves, ma marraine avec un masque, des dents longues et pointues était à ma recherche et manifestement me voulait du mal. Elle avait aussi parfois à la main une espèce de boule représentant un visage avec des dents qu’elle cherchait à me planter dans le cou. Ces rêves sont trop lointains pour que je puisse les analyser et les comprendre. Je me rappelle seulement que je réveillais les personnes autour de moi à cause de mes pleurs. Elles me trouvaient alors sous l’emprise de mes images oniriques terrifiantes avec de grandes difficultés à refaire surface dans la réalité (peut-être étais-je en état de dépersonnalisation 3[/sup]). J’ai aussi beaucoup de fois fait le rêve de me trouver dans la rue totalement seul, condamné à vivre ainsi. Dans ces rêves, je marchais alors sans cesse à la recherche d’autres personnes, cherchant mon chemin vers « chez moi », vers le lieu où je serai bien. J’étais dans de grands espaces angoissant complètement perdus. Ou alors, parfois je croisais des personnes qui ne me voyaient pas et qui quittaient mon champ de vision comme elles y étaient entrées. Il y avait en réalité deux thèmes angoissants dans ces rêves, celui de trouver mon chemin, ou un chemin qui me permette de sortir de ce monde de néant impersonnel, et celui de rencontrer une personne qui voudrait bien m’expliquer ce que je faisais ici, et éventuellement me guider pour me sortir de ce monde bizarre où j’étais. J’ai fait durant cette période beaucoup de rêves curieux et troublant dont le souvenir est trop flou pour justifier l’intérêt de les décrire ici. Vers l’âge de 12 ans, je me souviens parfaitement d’une dépersonnalisation représentant parfaitement le thème de mes obsessions. Il n’est pas bien clair qu’il s’agisse en réalité d’un rêve, car tout le phénomène se trouve surtout dans une idée. Il se pourrait qu’il s’agisse d’une idée à laquelle j’ai pensé juste avant de m’endormir, et qui s’est transformée en dépersonnalisation avant ou dans la phase où je plongeais effectivement dans le sommeil. Il se peut tout aussi bien qu’il s’agisse d’un rêve s’étant produit dans mon sommeil, il est difficile de le dire. Ayant fait plus tard, d’autres dépersonnalisations à des heures correspondant à un véritable sommeil, je pense pouvoir peut-être qualifier cet évènement de rêve. Voici le contenu ou plutôt l’idée qui le caractérise : il s’agissait pour moi d’avoir une vision d’ensemble complète de toutes les couleurs pouvant exister au monde... pour cela j’avais en tête l’image d’un damier dont les 4 cotés étaient infinis. A chaque rangée horizontale, correspondait la couleur « thématique » alors que de gauche à droite d’une même rangée étaient disposées les différentes nuances (du plus clair au plus foncé) de cette couleur. Mais malheureusement, dans ce rêve, je me rends alors compte que ça ne me répond pas à la question car ce damier ne permet pas d’embraser toutes les couleurs pouvant exister. Je m’en rendais compte en imaginant entre deux cases horizontalement adjacentes une couleur de nuance intermédiaire entre celle de la case de gauche et celle de la case de droite. Ca peut ne pas valoir une angoisse, mais ce qu’il faut savoir c’est que dans mon rêve, l’idée de trouver une solution s’imposait à moi, il n’y avait en fait pas d’autres choix ou « d’échappatoire » possible, c’était une nécessité absolue, une sorte de « dogme ». Pour tenter de donner une idée de l’impression ressentie, je la comparerais à celle que vous ressentiriez si vous aviez été oublié dans un cachot noir et que pour vous en sortir, vous deviez trouver la combinaison d’un cadenas fermé par une code numérique fait d’une série d’un milliard de chiffres. L’impression est même moins douloureuse car la probabilité de trouver la bonne combinaison d’un milliard de chiffres bien que très faible, est tout de même non nulle, alors que dans mon rêve, j’ai en réalité parfaitement bien conscience qu’elle est nulle mais ne peut néanmoins m’empêcher de chercher la solution. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre ce « phénomène mathématique » qui est la notion de « non- dénombrable », mais je ne sais pas si mon trouble se trouve dans la non capacité de le comprendre, ou s’il est plutôt dans la trop grande importance que j’accorde à ce genre de questions.


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isolement intérieur et les complexes

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:37

Puis est venu l’entrée en 6ème : un nouveau collège, dans la ville riche d’à coté, avec ses élèves plus « bourgeois » et une ambiance plus froide ; et à chaque heure, les changements de professeurs, de classes etc. C’était trop pour moi. Après avoir fini difficilement premier en fin de Cm2, là, en 6ème, je chutais sans contestation possible à la dernière place. Ce qui m’amenait à me replier encore davantage sur moi-même. Je m’isolais alors comme jamais, n’échangeant alors avec les autres élèves que très rarement tant je considérais dans leurs manières, attitudes, valeurs, histoires personnelles à des années lumière de moi. Mes premiers complexes physiques sont aussi apparus à cette époque. En effet, le collège a été la période durant laquelle mon mal-être s’est montré explicitement aux autres, dans ma façon de me comporter. Dans la classe, j’étais comme « l’animal bizarre », qui parlait peu sans qu’on ne sache trop pourquoi, celui qui, dans les boums, dansait toujours tout seul dans son coin, semblait avoir si peu confiance en lui. Finalement, celui à propos duquel on se demandait de quel mal honteux il souffrait, et qu’est-ce qui avait bien pu amener à leur mettre sous les yeux ce « phénomène humain » si curieux. En quatrième ou cinquième, cependant, un élève en particulier me voyant si tourmenté, a essayé, pour ainsi dire, de me sortir de là. Pour cela, il m’a accordé de l’importance, de la gentillesse et sa proximité amicale. Dans le tumulte d’une scolarité traumatisante faite de ruminations, de détresse, d’angoisse, de solitude, d’humiliations, de punitions, il m’a permis de vivre certains moments de joie comme des parties de football, ou plus impressionnant encore mon premier baisé en 4ème. Il avait en effet « arrangé le coup » avec la cousine de son meilleur ami. Tandis qu’elle m’apportait soudainement pendant quelques minutes tout ce que je n’avais pas, j’ai eu l’impression que la vie, elle, m’apportait une preuve jusqu’alors peut-être inconnue de sa générosité. Même si j’ai bien ensuite en vain essayé de maintenir la relation avec cette fille une ou deux fois au téléphone, j’étais tellement complexé et torturé, que je décidais de moi-même qu’il valait mieux ne pas risquer de gâcher le moment passé avec elle. Mais cet évènement a été, je m’en rends compte aujourd’hui, l’un des seuls, voir le seul moment dont je me souvienne à avoir vécu avec l’innocence, la liberté d’un réel enfant. Mais cet évènement par sa durée reste anodin par rapport aux autres souffrances vécues, car même si cet « ami » m’avait permis de connaître quelques moments de joie, je n’arrivais pas non plus grâce à lui « à accrocher le wagon ». Lors des boums, je continuais souvent tout de même à rester un peu à l’écart et je rentrais chez moi souvent avec le désespoir que rien ne changeait dans ma vie. Au final, je ne voulais plus voir cet ami que pour jouer au football, sinon je déclinais l’invitation, si bien que vers la fin du collège alors qu’il commençait à avoir de plus en plus de relations sociales, afin de m’amener à sortir de chez moi, il était obligé me mentir de plus en plus souvent en prétextant une partie de football.

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fuite des études

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:37

Fin de 3ème, le moment d’entrer au lycée est arrivé avec les premières décisions d’orientation professionnelle. Voyant mon père heureux, à l’évocation de la possibilité de suivre le même chemin (le plus exigeant) qu’un ami à mon frère à travers une voie à la fois scientifique et technologique, j’ai alors fait ce choix, complètement masochiste car en totale contradiction avec mes résultats scolaires et mes capacités. Il est difficile d’exprimer l’intensité du regret que j’éprouve à l’idée de ce souvenir. Et si j’avais été assez fort pour m’imposer et dire « non » ? Ce jour-là, je me souviens avoir comme plié sous la « volonté extérieure » sans pouvoir lutter à cause de ma culpabilité, ma honte d’avouer mon infirmité, mon handicap. Je n’avais d’autre choix que d’accepter ma propre souffrance comme quelque chose de normal, il y a quelque chose de malsain, comme un « viol psychique » qu’avait joué cette « volonté extérieure ». C’était comme si, on m’avait mis dans la tête le plaisir malsain de me considérer comme si misérable que je devais montrer tout le contraire pour ne pas me montrer tel que j’étais : haïssable, inférieur, bon à rien.
Courir toujours, toujours plus vite, jamais assez. En seconde, je me retrouvais sans amis, croulant alors sous les heures (42h/semaine) de cours, en permanence dans les salles de classes (mercredi et samedi matin en plus des autres jours classiques), j’ai rapidement sombré en échec scolaire. Il y a aussi eu les moqueries des autres élèves de la classe car j’étais aussi parfois leur souffre-douleur : on se moquait de mon caractère replié sur lui-même, de mon silence, de mon anxiété perpétuelle. Parfois on se moquait du fait que je ne comprenais pas des choses pourtant anodines et très simples pour eux, mais qui de mon coté avaient le pouvoir de m’angoisser terriblement (comme une conversion d’une durée dans une base décimale). Des élèves m’appelaient parfois « el grigo » en se moquant de moi, en raison de mon apparence physique témoignant aussi d’un mal-être et de complexes physiques (dont une acné importante).
Cette année, un jour, à la lecture d’un nouveau bulletin de notes forcément catastrophique, malgré mes efforts, handicapé par mes troubles, il m’a dit avec condescendance que je finirai certainement en LEP (Lycée d’Education Professionnel). Là où on pouvait peut-être légitimer ses mots en lui attribuant la volonté de me « stimuler », en réalité, il ravivait une blessure (qui sans cela, aurait au moins pu ne pas s’aggraver). Car l’idée d’un parcours scolaire même modeste s’était encore inconsciemment prendre trop de risque, celui d’exposer sur la place publique mon humiliante et honteuse de mon « infirmité » secrète. Par sa mise en garde, mon père avait faire ressortir ces sentiments inconscients au pire moment, celui de l’adolescence où on a peut-être encore la dernière occasion de pouvoir exprimer, demander de l’aide pour soigner ses blessures. Après à l’âge adulte, ça serait encore plus difficile. Malheureusement, je tombais dans le piège à la construction duquel j’avais aussi l’impression de participer. Je creusais comme ma propre tombe puisque j’ai en effet intérieurement fait le sermon qu’à partir de ce moment là, je consacrerais « ma vie » à réussir scolairement en mettant au second plan toute idée de loisir qui du reste ne m’apportait de toute façon aucune joie. Ce n’est que plus tard, que je comprendrais que cela se faisait aussi au dépend de ma santé psychologique. Je ne suis donc pas allé en LEP, mais au bord du redoublement, je suis rentré que de justesse en 1ère technologique F3. En première et terminale, je n’étais ainsi préoccupé plus que par une seule chose : « bachoter » sans cesse.

Après le bac, tant qu’à faire dans l’absurde, j’ai fait, comme je le désirais, des classes préparatoires (dites technologiques) destinées aux élèves de filières technologiques. Lors de mon entrée en classe préparatoires, et même avant, j’étais au bord de la dépression avec l’impression de ne rien connaître au monde, de ne pas vivre ma vie, d’être complexé, renfermé, déviant, « névrosé »4. Je ne savais pas à cette période, que ce dont je souffrais était précisément ce qui s’exprime parfaitement pas l’expression « sentiment d’incomplétude ». Au bout de quelques mois, je suis vraiment tombé en dépression, et ait voulu tout abandonner, pensant même au suicide. J’ai alors pour la première fois exprimé à mes parents des éléments qui étaient, sans que je le sache néanmoins, en relation avec mes « troubles ». Je me plaignais par exemple de ne pas pouvoir parler avec l’impression de savoir de quoi je parle, de n’importe quel sujet ou élément de la vie, ce qui est en fait une conséquence lointaine de ma peur angoissante de la réalité. Cela a été une épreuve pour moi, car c’était là la première fois que j’ai tout de même essayé de retirer le voile posé sur tous les problèmes que j’avais tenu secrets jusque là. Malgré tout, je ne les voyais pas comme je les écris aujourd’hui, mais comme quelque chose qui était avant tout dans mon caractère, de mon incapacité, en fait de ma responsabilité, quelque chose qui n’a pas de nom psychiatrique pour être traité. Pour ces raisons, les exprimer même une fois, même à demi mot, représentait pour moi un tournant à la fois nouveau, mais aussi désespéré. C’est pourquoi, je n’ai alors pas plus exprimé mes souffrances qu’une ou deux fois lors de cette dépression, une ou deux conversations avec ma mère au téléphone qui a alors complètement étouffé mes intentions de parler davantage de mes problèmes pour les raisons justement données précédemment. J’ai donc continué ma scolarité, mais je pense avoir eu l’intuition fugace à cette occasion, que je devrais surtout m’en sortir seul. Ainsi à la suite de cette dépression, à mon initiative j'ai consulté un psychiatre (dont mon médecin de famille m’avait donné les coordonnées). Mais malheureusement, lors des consultations, il ne disait mot, si ce n’est pour réclamer en fin de séance le montant de la consultation : 300 francs. Je suis réellement tombé des nues lors de cette expérience et j'ai arrêté au bout de 3 consultations.
La dissimulation jusque là de mon mal-être, trouvait dans le contexte des classes préparatoires un cadre favorable à « ma pathologie » pour s’exprimer. Je pouvais en quelque sorte « lâcher les rennes » bridant mon cerveau afin de laisser mes ruminations anxieuses se déployer comme elles le souhaitaient. De plus, mon comportement pouvait passer inaperçu derrière les efforts qu’exigeait le niveau exigé. Mais en conséquence, mes questions interminables me submergeaient et m’envahissaient aussi jusqu’à me faire souffrir. Durant ces deux années de classes préparatoires, les questions complexes et théoriques en mathématiques, physiques et technologie m'assaillaient très souvent. C’était comme si, par exemple, je voulais embraser de manière globale et complète, les théorèmes mathématiques. Je tentais tant bien que mal de tenir au second plan avec beaucoup d’effort tout un tas de questions existentielles et obsédantes qui se posaient à moi dans le cadre des différentes matières. Mais assez souvent les questions interminables se frayaient tout de même un chemin et je restais alors des heures à y réfléchir, sans trouver de réponse. Je m’enlisais alors dans mes ruminations, et finissais très souvent par m’effondrer en pleurant, sous la tension de ces questions obsédantes, que j’arrivais à peine à exprimer correctement et qui confirmaient finalement mon infériorité.
Au fil des jours d’études en classes préparatoires, je me demandais de plus en plus comment les mathématiques, tout cet édifice conceptuel, « retombait toujours sur ses pattes ». J’étais obsédé cette question de la cohérence de cet échafaudage conceptuel et frustré d’être comme handicapé par rapport aux autres par le malaise, le sentiment profond de ne pas vraiment comprendre les mathématiques. Cela touchait en réalité toutes les matières, même si les mathématiques avaient de ce point de vue un statut peut-être plus important5. Parfois, devant ma feuille d’examen, mon cerveau se mettait à pédaler à toute vitesse, jusqu’à provoquer un bourdonnement si puissant que je n’arrivais plus à réfléchir. J’avais une impression d’engourdissement, de flottement, que le monde était irréel. Temporairement, j’étais alors paniqué et incapable de la moindre réflexion logique un tant soit peu élaborée. La plupart du temps j’essayais alors de me calmer et de terminer tant bien que mal l’examen. Une fois, cependant, j’ai du expédier l’examen, afin d’arrêter le plus vite possible le bourdonnement qui m’avait envahi et pouvoir profiter d’un peu plus de temps pour moi au retour hebdomadaire chez mes parents (j’ai vécu les deux années de classes préparatoires à l’internat). Lorsque j’étais chez mes parents, je me plaignais parfois de ma souffrance mais alors, les relations devenaient encore plus tendues, mes parents me disant que j’exagérais mes problèmes et faisais des caprices à me plaindre ainsi. Notamment, ils confondaient conséquences et causes, alors que je faisais pourtant parfaitement bien la différence. Ils me disaient que si ca n’allait pas c’était car je refusais de sortir avec des amis, car je n’étais pas capable de parler avec des personnes sans avoir honte de moi, ou encore car je ne voulais jamais regarder les gens dans les yeux lorsque je leur parlais. Ils me disaient que ce que je vivais était banal, que si je me sentais si mal, c’était juste que j’étais simplement trop faible pour le dépasser, qu’il n’y avait donc pas autre chose à faire que d’accepter en quelque sorte « ma nullité ». Pour eux, si j’étais en souffrance, ca ne pouvait être finalement que de ma faute, et j’aurais en réalité du avoir honte de ne pas le voir ainsi, honte de ne pas assumer la responsabilité de ma propre souffrance et de parler de mes problèmes avec eux. Bien évidemment, je me ressentais rejeté, touché par un mal fondamental, ou tout simplement simplet intellectuellement. Les réunions de famille mariages, communions, fêtes religieuses, étaient une torture car j’étais complètement complexé devant des cousins, cousines, oncles, tantes, bref par toutes les autres personnes qui elles, étaient à l’aise. Ma différence se voyait et je ressentais l‘impression d’être éteint, dans mon monde. Je ressentais aussi la colère sourde mais intense de mes parents, surtout celle de mon père par rapport à « mon comportement ». Il me reprochait presque de ne pas être poli, de ne pas savoir faire le premier pas, de ne pas regarder les personnes dans les yeux, et même de ne pas être capable de tenir la conversation avec mon interlocuteur. Moi, j’oscillais ainsi entre frustration, colère et sentiment d’infériorité et de culpabilité.
A la fin des classes préparatoires, par exemple, il me paraissait anormal d’accepter de ne pas savoir très précisément comment fonctionne en détail un outil technologique comme par exemple, la télévision. Comment les autres pouvaient ne pas voir les mêmes enjeux que moi ? J’expliquais parfois ma différence avec les autres (car il me fallait bien une explication) par la théorie « psychologique », que j’avais inventé, suivant laquelle les Hommes contrairement à moi, refoulent dans l’inconscient leur « devoir » de connaissance des objets de leur quotidien. Une théorie absurde et indéfendable consistant à considérer le reste du monde anormal, sauf moi. En réalité, il n’était pas difficile de voir que cette idée n’était qu’un « mécanisme de défense psychologique », me permettant de vivre en accord avec moi-même avec le refus de vivre dans la même réalité que les autres.
Pour les concours aux grandes écoles, je me suis inscrit à un concours pour les écoles majeures (écoles du groupe A, comme on dit). Cette inscription était si chère, et les élèves postulant à ces écoles si rares, que finalement, nous devions être à peu près sur toute la France une cinquantaine de candidats pour une quinzaine de place. Paradoxalement, la concurrence pour rentrer dans une grande école du groupe A était donc beaucoup plus faible que pour une école « standard ». Avec une seizième place, j’ai été ainsi admis à l’école de Saint-Etienne.
La première année en école d’ingénieur a été un cauchemar. Lors des ateliers de communication de groupe qui faisaient débuter l’année, nous avions du choisir un sujet de discussion et le développer devant une caméra. Ma prestation a été si « torturée », que le professeur m’a dit que j’avais beaucoup de difficultés et beaucoup de problématiques qui dépassaient par leur gravité le simple cadre de la scolarité. Lors de ces ateliers, je ne parvenais pas à aligner deux mots, et mon mal-être tranchait avec la « normalité » des autres. A la fin de l’année, je n’avais validé aucune des matières. Mes parents n’étaient pas au courant de mes difficultés. Pendant l’été qui a suivi, j’avais planifié un voyage linguistique en Angleterre et était parti depuis 4 jours lorsque mes parents ont découvert ma situation. En effet, le responsable de la scolarité de l’école avait appelé mon père au téléphone pour l’avertir que ma situation scolaire était catastrophique et qu’il fallait prévoir une réorientation. Mes parents m’ont alors appelé en Angleterre, et j’ai alors décidé de revenir en France afin de tenter dans un dernier espoir de passer tout de même les rattrapages durant l’été. Complètement livré à moi- même, je ne m’étais même pas rendu compte de la situation alarmante dans laquelle je me trouvais, je vivais dans mon monde, complètement déconnecté de la réalité. Après être revenu en France, j’ai pu récupérer les corrigés des travaux dirigés auprès d’autres élèves. Préalablement aux rattrapages, mon père m’avait, au cas où, inscrit à l’université ainsi qu’à pas mal de formations courtes. Il avait aussi rédigé grâce à mon oncle une lettre qu’il avait envoyé au responsable de la formation de l’école (ce que j’ai su que bien plus tard). Les rattrapages ont été plus faciles que les examens de l’année courante et j’ai pu passer en seconde année avec néanmoins pas mal d’indulgence de la part des enseignants et responsables de scolarité de l’école grâce notamment à la lettre de mon père (je crois savoir que l’école a décidé depuis cette année de mettre un seuil sur le nombre de rattrapages en dessous duquel on était renvoyé de l’école).
Les deux années scolaires suivantes, l’exigence a été moins élevée. Je suis très souvent passé entre les gouttes grâce à mes partenaires de classe, car beaucoup de travaux se faisaient en groupe. Dans ce genre de cas alors, je ne pouvais participer presqu’en rien aux exigences demandées et me contentais simplement au mieux d’observer ce que mon binôme faisait. N’ayant pas assez d’argent pour remonter à la maison au nord de Paris, lors des week-end, comme beaucoup d’élèves issus de milieux plutôt favorisés, je restais à Saint-Etienne, une ville triste et à l’architecture sans forme précise et mettant pour cette raison un peu mal à l’aise. Lors de ces années, j’ai eu l’impression d’attendre patiemment que le temps passe afin de pouvoir enchainer sur une autre partie de ma vie. A quoi bon ces trois années où je n'acquerrais aucune nouvelle compétence, où je n’avais aucune relation affective, ou réellement amicale ? Je tuais le temps tant bien que mal, en jouant parfois au football, en regardant la télévision, en sortant en soirée avec d’autres élèves. Parfois, dans ma chambre, je pleurais à chaudes larmes me désespérant sur mon cas : le jeune adulte que j’étais, n’avait en réalité que très peu de liberté, il faisait simplement ce qu’il « devait » faire, terminer ses études pour avoir avoir au final un petit bout de papier. Attendre, essayer de ne pas trop se faire remarquer à l’école malgré l’évidence « du cas » que j’étais, essayer aussi de ne pas trop réfléchir, de laisser mes ruminations de classes préparatoires derrière moi en espérant pouvoir remonter à la surface au bout de trois ans. Bien sûr, je ne faisais là que me bercer d’illusions. J’ai vécu des moments cependant parfois très difficiles, notamment lors des stages, surtout ceux des deux dernières années qui duraient respectivement 4 mois et 6 mois. Dans le premier, j’étais hébergé par une vielle femme qui vivait seule dans une ville complètement perdue (Moret sur Loing), loin de toute vie étudiante. Je prenais le bus le matin qui m’amenait chez l’employeur (centre de recherche EDF). Mes parents infiniment heureux de me voir travailler dans cette grande entreprise, m’avaient préparé les costumes, les chemises, la cravate, tout ce qu’il faut pour être le bon petit fonctionnaire soumis à sa tâche. Cela peut paraître anodin, mais je n’ai jamais pu porter de ma vie un costume, en effet, d’une part, je transpire beaucoup dedans et d’autre part, je suis très sensible à toute forme de contrainte sur mon corps comme par exemple le choc au contact du sol qu’ont des chaussures de ville par rapport à des chaussures de sport. En réalité, je pense qu’avec l’impression d’être déjà mal à l’aise dans mes pensées, il est pour moi inconcevable de m’imposer la moindre autre petite chose qui ne soit pas absolument justifiée. Malgré tout, durant ces 4 mois de stage, tous les matins, j’enfilais, à contre-coeur, ce costume en espérant que je finirai par m’y habituer. En effet, je voulais porter la tenue « modèle », absolument nécessaire à l’image que je devais avoir dans l’entreprise, pour ne pas risquer d’attirer l’oeil sur moi, sur mon infirmité. La journée, dans ce centre de recherche (un bien grand mot en réalité), je passais mon temps à réfléchir et travailler sur des domaines technico-scientifiques. Le sujet portait sur des études en relation avec les déperditions thermiques dans les bâtiments en fonction de différents facteurs. Des travaux en rapport avec l’aspect scientifique, intellectuel de la réalité précisément celui qui est l’objet de mes ruminations. Ces activités étaient donc une terrible tentation pour mes obsessions : tout était là pour encourager mes mécanismes psychiques à déclencher les ruminations obsessionnelles. J’essayais parfois de ne pas sombrer, de me concentrer pour ne pas céder à des ruminations délirantes sans fin. Le plus souvent, cela arrivait néanmoins. Mon responsable de stage le voyant bien dans mes attitudes et comportements, me reprochait parfois brutalement de passer trop de temps à rien de bien constructif. J’étais en fait dans ces moments perdus dans mes obsessions, sans pouvoir sortir de ces processus bouclant sans fin. Parfois, la responsable de stage voyait aussi que je ne comprenais pas ce qu’elle me disait. Elle me semblait aller beaucoup vite en évoquant des points techniques de la réalité concrète qui me plonger dans un océan effrayant de questions obsessionnelles. Et enfin, le soir, toujours grâce au bus de la société, je revenais à mon isolement dans la maison de la vielle dame, près du Loing, où personne ne semblait vivre. Le seul point positif de ce stage, c’est que dans la maison de la vielle dame, il y avait un autre étudiant, un roumain qui, après avoir eu en Roumanie une vie faite d’amusement et d'alcool comme beaucoup de jeunes, était devenu une sorte de mystique chrétien à cause d’une série d’expériences spirituelles impressionnantes qui l’avaient bouleversé (dont il m’avait fait part : il s’agissait de rêves prémonitoires). Il priait matin et soir très pieusement en s’enfermant dans sa chambre. J’aimais discuter avec lui car il dégageait une réelle bienveillance, une profondeur spirituelle mystérieuse et donnait aussi l’impression détenir certaines vérités cachées. Il semblait vraiment avoir un pouvoir religieux et être proche de « dieu ». Très intéressé par l’invisible, je lui avais demandé de me mettre au courant, si un jour, il faisait un rêve à mon propos et il avait accepté. Et effectivement, un jour, il a eu a un tel rêve. Il me l’avait raconté ainsi : dans la première partie, je buvais au robinet un liquide qui était en fait du whisky, j’étais aussi, selon lui, accompagné d’autres personnes, peut-être des amis, ou des frères ; dans la seconde partie, il m’avait vu comme un ustensile de vaisselle, par exemple une casserole ou une poêle, j’avais été « frotté » afin de devenir propre, après quoi « dieu » m’avait gardé « à ses cotés ». Je ne sais pas s’il m’avait tout dit, il semblait peut-être avoir une certaine pudeur et distance par rapport à ce qu’il avait vu dans ce rêve. En tout cas, je m’en suis toujours souvenu. Pour moi, c’est très clair aujourd’hui que ce rêve a beaucoup de sens, surtout la première partie dans laquelle le whisky est le symbole de tous ce que je fais pour oublier, cacher mes problèmes. C’est effectivement cette substitution qui me permet de supporter la vie, là où il faudrait en principe que ce soit de l’eau, qui par sa transparence représente au contraire l'absence de trouble, l’énergie vitale. La deuxième partie est plus théologique est donc pas très utile d’en discuter ici.
Au centre de recherche, les relations avec les autres stagiaires avaient été aussi difficiles. En effet, lorsque j’avais du travailler avec l’un des stagiaires (qui serait d’ailleurs embauché plus tard) et j’avais surpris une discussion avec un autre stagiaire, durant laquelle ils se plaignaient tous deux que je n’arrivais pas à accepter les points sur lesquels j’échangeais avec eux. Selon eux, il fallait toujours que je doute sans cesse et tout le temps de tout. Ils ne disaient pas cela à la légère, leur ton était vraiment sincèrement à la fois désespéré, inquiet pour mon cas, aussi avec cette petite pointe de pitié méprisante. Je veux aussi dire que faire un stage dans la recherche est un choix que j’avais réalisé comme si je voulais céder à mes obsessions, les réaliser, les dépasser. Mais tout cela était inconscient, je considérais avec prétention que la recherche était un beau domaine car elle permettait de toucher au fond des choses etc. ce qui n’est, je pense, pas la forme d’expression de mon être profond mais celle des mes obsessions. Le stage de troisième année a été du même acabit (centre de recherche GDF), mais cependant un peu moins difficile à vivre, car le centre de recherche se trouvait non loin de chez moi et me permettait de profiter un peu de la maison familiale après 3 ans « d’expatriation » difficile à Saint-Etienne.
Au bout de 3 ans, j’étais soulagé d’en finir avec Saint-Etienne. A tel point que j’ai insisté pour que ma mère vienne symboliquement à la remise des diplômes. J’avais été content qu’elle soit là afin que quelqu’un au moins de mes proches, connaisse, ne serait-ce que d’un petit bout, la vie que j’avais eu à Saint-Etienne. En effet, j’avais quand même l’impression d’avoir été livré à moi-même durant ces années d’études supérieures.
Après être sorti de l’école, difficile de ne pas voir, que j’étais complexé, timide, incapable d’aligner deux mots, sans aucune compétence relationnelle, aucun savoir ou culture générale, aucun savoir technique particulier, sans talent, aucune passion personnelle, aucun ami, aucun réseau. Je ne pouvais même pas tenir la promesse que je m’étais faite tout jeune de faire après mes études, une formation en relation avec la psychologie. En effet, j’avais espéré être alors guéri de mes problèmes psychologiques, mais en réalité, j’étais dans un pire état. Je suis donc rentré dans le monde du travail à 22 ans, en n’étant toujours pas détaché du petit enfant de maternelle qui se demande pourquoi il se pose tant de questions effrayantes sur la réalité6.


Dernière édition par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:54, édité 3 fois

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inadaptation sourde

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:38

J’ai découvert le monde du travail en rejoignant une société évoluant dans le domaine de l’informatique, qui m’était alors totalement inconnu. Après avoir suivi une petite formation interne qui ne m’a d’ailleurs rien apporté, j’ai été ensuite payé les 3 mois suivant à « ne rien faire », délaissé par mon supérieur sans que je comprenne pourquoi (aujourd’hui encore, je ne comprends pas bien ce qu’il s’est passé durant ces mois). A la suite de cette « passivité » professionnelle, j’ai travaillé en interne sur un projet encadré par des personnes trop jeunes et sans réelle expérience ou méthodologie. C’était le début de l’ère internet et les équipes informatiques ne savaient pas encore vraiment comment s’y prendre pour amener un projet informatique à peu près correctement à sa fin. Sans aucune expérience, replié sur moi-même, ayant peur du monde, agissant sous la logique de mon caractère obsessionnel et anxieux, on peut dire que je passais le plus clair mon temps professionnel à ne faire des choses sans grand sens. Ne pouvant concevoir d’avenir professionnel dans un tel contexte, dans un état de démoralisation marqué, j’ai alors donné ma démission au bout de 7 mois et ais rejoins dans ma deuxième entreprise. Avec un tout petit peu plus d’expérience, j’ai commencé par faire une mission chez un client. Avec le temps, les relations avec mon employeur sont devenues de plus en plus difficiles. Beaucoup de clients se plaignaient aussi de mon « inadaptation » professionnelle, qui n’était en fait que le reflet de ma souffrance. De mon coté, je souffrais de ne pas évoluer professionnellement, de voir mes compétences stagner, et de me voir toujours proposer le même type de fonction. Du coté de l’employeur, ce qui l’intéressait, c’était que je réalise des missions chez les clients afin de leur rapporter de l’argent. Il me plaçait ainsi sans scrupule partout où il pouvait. J’ai alors commencé à leur mettre sur le dos, mon insatisfaction professionnelle mais aussi, en tout objectivité, mon mal-être personnel. J’ai alors quitté à son initiative ce 2ème employeur (renvoyé pour faute grave négociée). A la suite de cette expérience, j’étais moralement au plus bas. Je ne voulais plus jamais « être exploité » à faire de missions chez des clients. J’ai ainsi passé presque un an au chômage. Durant cette période, mon caractère obsessionnel s’est exprimé à travers la recherche de nouvelles idées informatiques aussi délirantes qu’absurdes: je rêvais presque de devenir le nouveau Bill Gates à travers des inventions informatiques géniales sur lesquelles je ruminais en m’endormant le soir. J’ai réalisé un bilan de compétences, mais la psychologue en charge a jugé que j’étais « trop mal » psychologiquement pour que le bilan puisse porter ses fruits. Après ces mois sans emploi, les contraintes financières m’ont obligé à retrouver du travail, et donc à m’engager chez mon 3ème employeur, dirigé par un camarade de promotion de l’école d’ingénieur.
En juillet 2015, j’ai été licencié par mon 3ème employeur. En réalité, il y a eu une négociation à l’amiable, comme avec mon deuxième employeur : en clair, contre 4000€ de dédommagements, je quittais l’entreprise pour motif de faute grave en acceptant de ne pas remettre en cause les motifs de mon licenciement.
En conclusion, durant toutes mes expériences professionnelles, je me suis toujours senti inadapté par rapport aux autres et aux contraintes du travail. J’ai énormément compensé en montrant ce que je croyais être ma volonté mais qui n’était en fait qu’une fuite en avant. Dans le monde du travail et en particulier dans le domaine de l’informatique, ça a été à court terme du pain béni pour les employeurs car ils voyaient là, l’occasion inespérée de positionner une personne sur une tâche ou mission « ingrate ». Mon caractère obsessionnel a toujours ainsi trompé autant moi que les employeurs en passant pour une marque de motivation. Au final, avec le temps, les employeurs se sont toujours rendus compte que quelque chose « clochait ». A cause de l’angoisse de confrontation avec la réalité, je ne pouvais pas interagir avec les autres personnes. Je doutais toujours autour de toute décision, n’arrivais pas à adopter une attitude tranchée, avait toujours un sentiment d’incomplétude, me posant des questions mystérieuses que les autres personnes ne semblaient pas se poser. Ces faits m’ont conduit à réduire mes interactions avec les autres personnes, et ainsi à réduire le cadre de mes tâches professionnelles parfois de manière assez honteuse par rapport aux années d’expérience que j’avais pourtant acquises. Au départ, par convenance, mes supérieurs reconnaissaient et exprimaient d’abord leur satisfaction pour mon implication, mais peu à peu, ils se rendaient compte du coté un peu ridicule de ce qui ressemblait chez moi plus à une « manie professionnelle ». Il arrivait aussi parfois que je prenne tellement à coeur un sujet et y passe tellement de temps que naturellement ma responsabilité personnelle était excessivement engagée, et focalisais les attentes de tous intervenants du projet, aussi bien celles du client que celles de mes employeurs. La pression augmentait alors sur mes épaules car cela menait souvent à des situations extrêmes où à cause du décalage entre le temps passé et le résultat, le client soit jugeait mon employeur au prisme de mon travail insatisfaisant, soit en profitait pour voir son intérêt en exigeant une contrepartie qui n’était, par exemple, pas prévue initialement. Par ailleurs, n’ayant en dehors du travail pas de centres d’intérêt, mes employeurs et collègues voyaient que ma vie était « entravée » par quelque chose. Ce constat réel et justifié a attisé ma honte et accentué un peu plus ma fracture avec les autres.
Dans le fond, je pense que j’ai toujours attendu inconsciemment de mes employeurs qu’ensemble nous « brisions la glace » afin que je puisse avoir un éclairage extérieur sur ma condition personnelle que je ne trouvais en réalité nulle part. Leur réponse implicite était que ce n’était pas à eux de payer « les pots cassés ».

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relations « sentimentales »

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:39

Avant de décrire ce qu’il s’est passé après avoir quitté le 3ème employeur en juillet 2015 jusqu’à aujourd’hui, je décris dans les lignes suivantes, les évènements de ma vie sentimentale qui bien que peu nombreux, traduisent et illustrent aussi mon mal-être.
Durant ces années, je dois signaler de 25 à 26 ans, la seule véritable relation sentimentale que j’ai eu avec une fille. Elle a duré un an et demi. C’était une marocaine musulmane de 19 ans qui était venue en France afin de pouvoir étudier et avoir une situation. Je l’avais rencontré en boîte de nuit. Nous avons fait deux séjours de vacances ensemble à Saint Malo et à Honfleur, sortions ensemble au cinéma presque tous les week end, allions au restaurant ou encore parfois en boîte de nuit. Je dormais aussi souvent avec elle dans sa chambre à la cité universitaire. Cependant, assez rapidement, je suis resté avec elle, plus pour ne pas être seul, et pouvoir échapper à la vie que parce que j’étais amoureux, ou bien avec elle. Au final, cela m’amenait à faire les choses avec elle de manière automatique en ayant le sentiment de le faire par « devoir ». Un ami de l’époque avait pris d’ailleurs l’habitude de s’amuser à relever mon emploi systématique du verbe « devoir » pour décliner ses invitations à sortir en soirée avec lui, lorsque je lui répondais « je dois la voir ». En effet, il me faisait remarquer qu’il était étonnant d’employer un tel verbe pour quelque chose relevant en principe plus du plaisir que de la contrainte. J’avais par ailleurs un caractère tellement jaloux que je vivais avec elle dans « une bulle » en me fixant comme principe qu’elle ne voit jamais un de mes amis.
C’était donc en quelque sorte un refuge pour échapper à la vie, et au bout d’un certain temps, nos relations ont commencé à devenir de plus en plus difficiles et source de conflits. En effet, je suppose qu’elle devait voir mes « problèmes personnels » mais se contentait parfois de dire que je ne l’aimais pas suffisamment. Elle avait aussi, je pense, besoin de son coté, d’un ancrage stable dans sa vie, loin de sa mère et de son pays. Je pense néanmoins m’être davantage aveugler sur ce que je ressentais pour elle, que l’inverse. Par ailleurs, preuve qu’il ne s’agissait peut-être pas d’amour, j’étais pathologiquement jaloux, vérifiais dans ses affaires, son téléphone, faisais attention au restaurant qu’elle s’assoie de manière à n’être en face d’aucun garçon. Un jour, j’ai trouvé un numéro de téléphone suspect et lui ai demandé de qui il s’agissait. La manière dont elle m’a répondu ne m’a pas convaincu, et elle m’a proposé de l’appeler pour vérifier. Je l’ai fait, mais cela ne pouvait de toute façon mener à rien. Au contraire, j’avais davantage de raison d’être suspect. Je devenais de plus en plus fou à l’idée qu’elle voyait peut-être cette personne, j’élaborais toutes les possibilités me permettant de connaître la vérité. En réalité, j’étais sans doute davantage dérangé pour le doute qu’elle voit quelqu’un d’autre, que part le fait qu’elle le fasse effectivement. Un jour, j’ai fini par entrer dans son compte email et suis tombé sur un mail d’une personne qui lui avait envoyé sa photo. Je lui ai demandé de qui il s’agissait et elle m’a alors répondu qu’il s’agissait d’un cousin éloigné à elle. Puis, peu à peu, elle s’est « détaché de moi », et cela me rendait complètement malade. Un jour, je me suis mis dans la position du chien devant la porte de sa chambre d’étudiant, et ait quémandé son amour pendant une nuit entière. Pourtant, je pense qu’elle m’a toujours en réalité respecté, a toujours plus ou moins fait attention à de pas me faire subir d’humiliation devant d’autres personnes. Au final, la relation avec cette fille a été aussi vécue dans une certaine souffrance, cela peut paraître superficiel, mais ce qui a été bénéfique pour moi dans cette relation c’est qu’elle a toujours malgré tout su conserver du respect pour moi. Dans une certaine mesure, ma rupture avec elle m’a aussi de mon coté énormément libéré de contraintes physiques et financières assez stressantes. En effet tous les week-end, quand ce n’était pas plusieurs par semaine, je faisais des aller-retours entre chez moi au nord de Paris, et la cité universitaire dans le sud de Paris où elle était. Par ailleurs, je dépensais beaucoup d’argent pour le restaurant tous les week ends et n’avais que très peu de temps réellement pour m’occuper de moi et me reposer. De plus, étant de confession juive, je ne pouvais pas parler avec mes parents de cette relation sentimentale puisqu’elle était musulmane, ce qui ajoutait davantage au coté stressant de la situation.
Mes autres rencontres sentimentales durant cette période et un peu sont : une jolie fille blonde qui m’avait demandé 3000 Francs pour l’aider mais ne me les a jamais rendu, une rencontre d’un après- midi avec une jeune fille juive de 17 ans dont j’étais tombé complètement amoureux (au point d’aller aux urgence pour une crise d’acouphène violente suite au stress qu’avait provoqué l’idée du coté éphémère de notre rencontre) et qui (cela m’avait à la fois marqué et attiré) avait été hospitalisé et suivie en raison des sérieux troubles alimentaires (anorexie).
Cette jeune fille juive, rencontrée quand j’avais à peu près 30 ans m’a littéralement fait éclater en morceaux par une phrase pourtant très simple, mais qui pour autant avait mis exactement le doigt où cela faisait mal. Quelque part, elle m’avait appris en quelques secondes ce que d’autres personnes auraient pu passer des années à essayer de me le faire comprendre. Elle m’avait en effet dit avec aplomb, impertinence ainsi qu’avec une légère intention contrôlée de me faire prendre conscience de certaines choses : « tu n’es incapable de vivre sans chercher toujours derrière la réalité ». Je voulais croire qu’elle parlait de mon comportement lors notre rencontre ou même d’un trait de ma personnalité, mais en fait, quelque chose dans le ton de sa voix voulait désigner rien de tout cela, mais quelque chose d’encore bien plus profond, elle semblait vouloir parler de de la nature même de « mon âme ». Cette vérité m’a fait explosé en plein vol car je n’y étais pas préparé. En quelque seconde, cette fille pourtant si jeune m’avait mis en face de moi-même et de mes démons, bien que bien entendu, j’étais incapable de mettre les mots dessus. Les problèmes mentaux (anorexie) de cette jeune fille l’avaient à mon sens rendue extrêmement consciente, intuitive et sensible aux troubles dont pouvaient souffrir les personnes. Cependant, elle y avait été trop durement, mais avait peut-être aussi senti qu’il n’y avait que cela pour me permettre de prendr conscience de ce qui se passe au fond de moi. Suite à ses propos, je me suis alors mis à me détester pour ce que j’étais et qu’elle avait révélé. Le choc psychologique avait été si violent que j’ai « balancé » mes reproches à mes parents, car je n’avais pas pu supporter que mes parents soient absent à ma souffrance, ici découlant d’un évènement sentimental. J’ai alors vécu une rupture totale pendant 5 ans avec eux et mon grand frère (je ne suis resté en contact qu’avec mon petit frère).
J’avais alors erré dans les rues, pleurant seul en me cachant dans des cafés, jusqu’à avoir parfois des idées suicidaires. Je crois aussi que c’est pendant cette période de quelques mois (il m’est difficile d’être sûr, tant cette période de ma vie est extrêmement brumeuse et remplie de souffrance) que j'ai consulté des psychologues de différents courant, tous les mots curieux y passaient : psychanalyse (enfin celui-ci je le connaissais), Gestalt thérapie, PNL, behaviorisme, neuropsychologie etc., une dizaine en tout afin de connaître l'origine précise de mes « problèmes ». J'avais cependant arrêté mes recherches d’un thérapeute n'ayant pas l'impression qu’ils arriveraient à mettre un mot, un nom sur mes problèmes. Je désespérais de trouver un jour de l’aide psychologique. Peu après, j'ai vu un psychiatre, cela m'a permis de raconter les souffrances de mon enfance. Mais au moment, où justement où j’ai commencé à aborder mes idées obsédantes, il leur a accordé une importance secondaire sous-entendant simplement, que mes ruminations étaient en quelque sorte justifiées par une sorte de défaut intellectuel que je devais justement corriger par moi-même. En accord avec l’idée que mes troubles n’auraient pas d’écho dans le domaine de la psychiatrie, j’ai arrêté la thérapie pensant alors que j’en avais tiré « le maximum ». Ainsi encore pendant 7 nouvelles années, j’ai vécu en me cachant à moi-même mes problèmes d’obsessions.
A 35 ans, tout comme lors de la rupture avec mes parents qui s’était prolongée jusqu’ici pendant plus de 5 ans, ça a aussi été une rencontre amoureuse, pourtant éphémère, en Israel avec une jeune femme juive allemande de 37 ans vivant en Angleterre, qui m’a conduit, sans que je puisse dire exactement ni comment, ni pourquoi, à me réconcilier et renouer avec mes parents. Les relations avec mes parents sont reparties alors sur des bases plus sereines, mais je sentais encore que mes troubles étaient présents.

LaurentA
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Aujourd’hui

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:39

Le départ de ma 3ème société en juillet 2015, trois ans après avoir renoué avec mes parents, a été le déclencheur de souffrances que je vais relater à présent et qui a été à l’origine de l’écriture de ce « rétrospective de vie ». Ce départ a été brusque, et réglé en trois jours. Tout s’est enchainé bizarrement précisément, une ou deux minutes après avoir planifié et réglé le montant de mon voyage de vacances pour une semaine à Magaluf (ile espagnole) qui débutait en plus une semaine plus tard. En allant prendre mon café, après avoir réglé mes vacances, mon supérieur m’avait ainsi appelé dans son bureau pour discuter de notre séparation. Du coup, pour que je puisse passer au moins des vacances sereines, j’ai fait en sorte que les formalités administratives soient réglées le plus rapidement possibles. Ces vacances me permettraient de repartir du bon pied, d’analyser ma situation tant professionnelle que personnelle. Je décidais que je devais profiter un maximum de ces vacances. A Magaluf, en dehors de la souffrance d’être seul et aussi des angoisses lorsque je pensais à ma situation, cette semaine fut dépaysante. J’en suis revenu avec un bon esprit, une insouciance, qui je le pensais, me permettraient de penser sereinement à l’avenir et à mon travail. Cependant, il n’a pas fallu longtemps pour retrouver « mes démons » à mon retour. J’avais du mal à croire qu’en quelques heures, d’un état d’esprit positif, ouvert, je voyais à présent tout en noir. De plus, j’étais revenu de vacances avec une petite tendinite à l’épaule qui au lieu de guérir, me faisait de plus en plus mal. Après trois infiltrations, trois 3 mois après, mon épaule était encore douloureuse, et je décidais alors de passer du chômage à l’arrêt maladie afin de prendre le temps de bien guérir cette épaule. J’avais aussi en tête d’être libéré de ma recherche d’emploi afin d’avoir le temps d’échanger avec mon père sur nos relations. J’étais décidé à comprendre pourquoi il n’avait pas cherché à faire d’effort pour me permettre d’évoluer, et pourquoi je ne trouvais pas chez lui l’écoute qui aurait été une aide constructive pour mon avenir. En réalité, peu à peu, je décidais de voir mes problèmes avec mes parents en face avec le plus de franchise possible pour les résoudre. Cela m’a demandé du temps, mais peu à peu, j’ai réveillé les souffrances de mon enfance. En réalité, mes relations avec mes parents avaient toujours été ce qu’elles étaient aujourd’hui, et c’est à une déconstruction de toute mon histoire que je m’attelais sans le savoir. Me souvenant que mes problèmes étaient aussi liés à ma scolarité, je me suis aussi penché sur ce qui avait pu expliqué mes troubles durant ma scolarité. Je me suis ainsi intéressé aux idées et pensées autour de la déscolarisation (ainsi que plus globalement à la critique de la société dans sa globalité), comprenant des réflexions sur l’éducation, la pédagogie, la psychologie. Notamment grâce à la bibliographie de l’ancien site descolarisation.org, j’ai lu ces différents ouvrages : « Les enfants d’abord » de Christiane de Rochefort, « Un monde sans école » d’Ivan Illich, « Le maitre ignorant » de Jacques Rancière, « C'est pour ton bien » d’Alice Miller, « Les apprentissages autonomes » de John Holt, « les mathématiques pures n’existent pas » de Didier Nordon, « Échec et maths » de Stella Baruk. Tous ces livres m’ont permis de comprendre les origines, les « fondements » de l’éducation scolaire en France, ainsi que de l’éducation au sein de famille. Mais c’est surtout le livre de Jacques Rancière qui m’a fait tout d’abord un choc et m’a permis d’ouvrir un peu les yeux sur certains point notamment celui-ci : aussi que soit « intelligent » tel homme, ses connaissances (et par extension nos connaissances scientifiques sur le monde, en tant qu’humains) ne sont jamais totales, et ne font que soulever quelques masques cachant un monde nous restant par essence certes inconnu, mais tout de même merveilleux. Cette idée m’a en quelque sorte beaucoup libéré de l’obsession que j’avais à ruminer sur le monde, il m’a permis de mieux le supporter. En effet, je pouvais me dire consciemment : « je ne peux de toute façon voir l’univers que par une petite fente que nos activités humaines intellectuelles avaient percée ». Notre « incomplétude » n’était plus problématique, mais était une source d’émerveillement. Pendant quelques semaines, ce livre m’a mis dans une position psychologique nouvelle, dans laquelle mes obsessions devenaient en quelque sorte « secondaires ». Je me trouvais donc plus libre, plus accueillant aux autres et aux choses. J’ai alors voulu mettre à l’épreuve ce qui m’avait semblé être un changement radical de ma personnalité et de ma compréhension du monde. J’ai ainsi tenté de me replonger dans une discipline qui m’avait parfois plongé dans de profondes angoisses, les mathématiques, ainsi que dans la matière qui m’avait toujours attiré sans que je puisse l’approfondir : la biologie. J’ai alors repris les cours mathématiques de la théorie la plus connue des mathématiques, l’arithmétique, ainsi que les cours de biologie (sur le site du CNED) de biologie niveau 1ère et terminale. Au départ, ça a été assez gratifiant de voir que je me replongeais dans ces disciplines plutôt avec confiance même si parfois des obsessions angoissantes se produisaient. Il me semblait que j’avais avec mes nouvelles dispositions face au monde peut-être les armes pour les contenir. Je me découvrais même un pouvoir de séduction naturel dans cette nouvelle disposition. Cependant, afin de tenir à distance mes obsessions, plus le temps passait plus je devais veiller à garder en tête « cognitivement » les mots de Jacques Rancière. C’était parfois assez usant et éprouvant psychologiquement et malheureusement mes obsessions m’ont finalement à nouveau totalement envahi. Les ruminations n’étaient d’ailleurs pas obligatoirement en rapport direct avec les mathématiques ou la biologie que j’étudiais. Par exemple, je me souviens avoir réfléchi en bouche sur la logique de décompte des secondes en lisant l’aiguille d’une horloge ; comment le temps pouvait se transposer à un phénomène spatial ? D’où venait notre capacité à appréhender la notion de quantité que finalement la notion de temps et d’espace ont en commun. Aussi, un jour, après être allé en vélo en un lieu à environ un kilomètre de chez moi, au retour, j’avais ressenti le besoin de capter mentalement d’un seul coup, la « logique » et la « configuration » géométriques des différentes rues que j’avais parcouru en vélo pour me rendre au lieu du rendez-vous. J’avais besoin de m’assurer d’avoir bien saisi cette logique, d’avoir compris comment telle rue croisait telle autre, de quelle manière, suivant quel angle etc. Je suis resté figé de longues minutes en essayant de me faire cette image mentale, puis finalement j’avais pris mon vélo, pour m’assurer par moi-même de ce que j’avais compris. Mais c’était tout de même resté vain, car j’avais encore un peu l’impression que quelque chose m’échappait, que mon image mentale n’était jamais assez claire et précise. En fin de compte, après cette période, où en quelque sorte, j’avais entrepris mon auto-thérapie, en essayant vraiment de vaincre mes obsessions en y faisant face, j’avais échoué. Une fois de plus, j’étais submergé. Quelques fois, je n’arrivais plus à me sortir de ces ruminations, et avait tellement l’impression de me cogner à un mur, de me confronter à une impossibilité fondamentale, de trouver « une résolution » que je ne parvenais plus à concevoir une vie dans un tel état de bizarrerie existentielle. Dans ces moments, j’ai plusieurs alors téléphoné à mon père pour lui dire que je voulais me suicider ou que je voulais aller être hospitalisé. Cependant, même si je n’avais pas résolu mon « problème de fond », aujourd’hui, je me remémore quelques fois pour garder espoir, les quelques jours où j’ai entrevu une certaine vision d’une « liberté d’être » inconnue jusqu’alors.
Cet épisode a eu pour effet d’accentuer ma démarche déjà entamée pour expliquer mes problèmes en cherchant des réponses dans mon éducation, mes relations avec mes parents. Je pensais que les carences que j’avais subi pouvaient expliquer totalement mes troubles. Ainsi, au cours du mois de janvier 2016, pendant un mois environ, j’ai énormément discuté avec mes parents pour les comprendre, comprendre pourquoi ils n'avaient jamais entendu ma souffrance dans l’enfance et pourquoi j’avais encore l’impression d’une distance avec eux, au moment même encore, où je leur parlais.
Une fois à table, chez mes parents, je leur parlais d’un point décrit assez dans un livre, mais plus je parlais, plus j’avais l’impression que je ne savais pas ce que je disais, que des craintes obscures profondes m’empêchaient de prendre totalement part à ce que je voulais exprimer. C’était comme si alors mes propos n’étaient pas à la hauteur de ce que je voulais exprimer à cause de peurs profondes en moi, qui m’empêchaient de parler librement. J’ai alors complètement craqué, et me suis senti tellement désespéré que je voulais mourir puis tellement déprimé, je me suis levé de table et suis allé directement me coucher au lit. La souffrance enfouie au fond de moi depuis des années était trop forte, je ne pouvais plus la taire ; en quelque sorte, c’était moi ou mes troubles. Toujours excédé par mes obsessions, je continuais à ne me voir qu’à travers mes parents et attendais toujours de leur part, qu'ils prennent en charge, même à pleines mains, mes problèmes.
C’en est suivi trois mois qui allaient être ceux durant lesquels j’ai eu les troubles psychologiques les plus profonds, violents et inquiétants. Durant cette période, je n'ai vu ni mes parents ni mes frères. Mais plus qu’un simple refus de les voir, j’ai davantage ressenti la sensation qu’ils n’existaient en fait plus. Au départ, j'ai pensé que je pourrais aller mieux. Un après-midi, j’ai eu une sorte d’illumination très brève durant laquelle, j’ai senti que je parvenais à lâcher prise sur mes obsessions, en dédramatisant « cognitivement » mes obsessions en pensant de la manière suivante : « pourquoi m’inquiéter sur le monde tel qu’il est puisque le fait qu’il soit bel et bien là et fonctionne parfaitement constitue la seule preuve absolue, parfaite et ultime qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter et donc pas de raison à vouloir chercher à l’expliquer complètement ». J’avais vécu ce moment suite à des obsessions sur le fonctionnement du monde qui affleuraient à ma conscience sous l’effet d’une contrainte externe inconnue. J’ai ainsi vécu ces quelques secondes d’extase, mais je savais aussi que ces dispositions cognitives du moment seraient très éphémères (quelques secondes).
Durant toute cette période, j’ai approfondi et ait été en quelque sorte accompagné par toute l’oeuvre d’Alice Miller dont j’ai fait l’acquisition en enchainant leur lecture d’un trait. Selon elle, une éducation suivant ce qu’elle appelle la « pédagogie noire » est toujours la source de tous les problèmes psychologiques. Derrière l’injonction « c’est pour ton bien », se cache la justification à toutes les humiliations et un mépris pour l’enfant par définition en situation de faiblesse. Lorsque nous grandissons en ne remettant pas en cause ce qui serait alors qu’une illusion d’amour entre les enfant et les parents (qui n’est en fait qu’une stratégie d’adaptation de l’enfant n’ayant plus de justifications à l’âge adulte) de peur de remettre en cause « notre cadre » et surtout de découvrir que nous n’avons en fait pas été aimé, la souffrance vécue dans l’enfance s’exprime alors envers nos propre enfants, avec la même autorité et violence que celle que nous avons subi. Ainsi c’est parce que nous ne remettons pas en cause nos schémas éducatifs, que se perpétue à travers nos actes la violence à l’origine de problèmes psychiques individuels, le manque de respect et de considération générale pour les enfants , ainsi que les glorifications macabres de phénomènes sociaux comme les guerres. Alice Miller se livre notamment dans ses ouvrages à des études biographiques de personnages célèbres (notamment en raison de l’objectivité indiscutable des faits relatés puisque ce sont en quelque sorte « des faits historiques ») : A. Hitler, F. Nietzsche, B. Keaton, V. Woolf, Anton Tchekhov, Staline, S. Hussein etc., et les met en relation avec leur vie afin d’illustrer sa théorie. Même si ces ouvrages m’ont permis de prendre conscience d’une certaine violence parentale, après avoir lu toute son oeuvre, je continuais à avoir des ruminations et angoisses. J’ai du relativiser la valeur explicative de ses propos par rapport à mes troubles. J’avais en fait, de plus en plus, l’impression que cette violence peut-être « héritée » de mes parents n’étaient qu’un élément de mes troubles et ne touchait pas au coeur de mon problème qui me semblait presque « physiologique ». La vie a d’abord été supportable, même si j'avais l'intuition et le doute parfois angoissants de ne pas être tout à fait sur la bonne voie. Mais début mai 2015, j'ai alors fait une dépersonnalisation très violente une nuit. A mon réveil au milieu de la nuit, mon esprit était imprégné de l'idée fixe de devoir faire rentrer un gros cube dans un petit cube. L’impossibilité a beau paraître évidente, dans l’état où j’étais, il était absolument clair que je devais absolument atteindre l’objectif, c’est d’ailleurs ces deux contraintes contraires qui me donnaient un sentiment de détresse aigu, me conduisant à la dissociation. J’avais l’impression de devoir transcender la réalité mais curieusement, je ne sais pas pourquoi je devais réussir une telle chose. J'ai ensuite fait la nuit suivante, une autre dépersonnalisation durant laquelle j'ai ressenti un sentiment envahissant et terriblement terrorisant d'être écrasé par la contrainte horrible d’être plongé contre moi dans la réalité et de devoir à tout prix comprendre entièrement ce qu’il s’y passait et pourquoi dans les moindre détails. J’avais l’impression qu’on m’avait abandonné à ce destin et que j’étais destiné à mourir sous l’effet de l’immensité et l’infinité indescriptible des questions sur le monde. Ce sentiment m’a par ailleurs été familier, avec l’impression de l’avoir déjà vécu il y a très longtemps. Je dois peut-être l’associer à ce que j’avais peut-être vécu lorsque j’ai quitté « le cocon familial » pour rentrer en maternelle.
J’étais de plus en plus face et conscient de la nature profonde de mes troubles. Finalement, mi-mai, lorsque je me suis rendu compte que financièrement, je serai au bout de 2 mois en très grande difficulté, le vase a débordé. C’est comme si mon intellect avait alors lâché prise sur la réalité et n’arrivais plus à raisonner. Je m'endormais souvent en me demandant sans cesse : pourquoi ni mes parents ni mes frères ne m'appelaient, malgré mes souffrances dont ils devaient bien se douter (je leur ai plusieurs tenu au courant, les mois précédents, de mes idées suicidaires). Je considérais cela comme une preuve que j’étais irrécupérable, incapable de survivre dans le monde, que ma vie n’avait pas de sens, que j’étais sans issue dans ce monde. De plus en plus, ces idées prenaient sens et devenaient évidentes. Plusieurs fois, le sentiment profond d’être de trop dans le monde m'a conduit à aller chercher un couteau que je positionnais contre les poumons, sans réussir néanmoins à l'enfoncer. Toutes les nuits à deux heures, je me réveillais à 2h et ne me rendormais plus jusqu'au matin. Je restais allongé dans mon lit dans un état de demi-éveil en essayant d’attraper quelques minutes de sommeil. Le soir, j'appréhendais le moment d'aller au lit à cause des crises d'angoisse qui me réveillaient précisément tous les matins à 2 heures. Ma chambre était devenue le lieu associé à des moments de souffrances effrayantes, je pouvais à peine encore dormir dedans et ait même pris un soir mon sac de couchage pour dormir dehors. Au matin, j'étais imbibé par des idées informes et angoissantes, des questions sans sens ni direction, sans queue ni tête, à la fois terriblement menaçantes. C’était vraiment comparable à de la folie, ou de la démence, quelques minutes au réveil, je ne faisais plus de différence entre la réalité et des faits imaginaires que j’avais en tête. J’avais le sentiment d’être incapable de réordonner les idées de manière à les rationaliser, et restais au contraire avec cette impression de malheur et même l’impression nette que les personnes du monde et la société étaient fait pour détruire les gens qui étaient « comme moi ».
En pleine journée, j'avais l'impression d'être dans un état de déperdition et de menace constante face au monde. J'avais à l’idée de mourir pour ne plus subir tout cela. Des questions existentielles comme le sens de la vie, dieu, pourquoi la souffrance existait sur terre, ainsi que la culpabilité d'être comme je suis, occupaient sans cesse mon esprit. J'ai aussi abouti à la conclusion que si j'étais sur terre dans un but de réaliser une raison bien précise (idée la plus simple pour expliquer notre existence sur terre) alors, cette raison devait être de réaliser le seul véritable choix de ma vie qui permettrait à mon âme de trouver sa « complétude » : avoir le courage d’admettre que je ne pouvais pas vivre et que je devais mourir. Toutes les matinées, je cherchais la perspective d’un apaisement en recherchant sur internet les moyens les plus faciles et les moins douloureux de mourir. Et aussi les pays où le suicide assisté était légal. J'ai imaginé des mécanismes à base de poids lâchés sur le manche d'un couteau qui pourrait ainsi perforer ma poitrine entrainé par gravité. Lorsque pendant quelques secondes, j’étais mieux, alors je jubilais de joie, pensant que mon état d’anxiété totale avait enfin disparu. Malheureusement quelques minutes après, il reprenait parfois de lus belle. J'errais dans la rue cherchant d'où je pouvais me jeter pour trouver la mort. Ayant trouvé un tel endroit, un jour, je suis même allongé sur le bord, mais n'ait pas trouvé la force de franchir le pas. Je marchais toute la journée si possible là où il y avait de la nature afin de ne pas rester chez moi et faire des crises d'anxiété. J'avais l'impression que les personnes dans la rue voyaient sur mon visage tiré toute ma détresse car souvent leur sourire s’évanouissant lorsqu’ils croisaient mon regard. Cela était très culpabilisant et angoissant. Un jour, j’ai trouvé le changement de leur faciès si étonnant que j’ai voulu voir ce qu’ils voyaient en me regardant dans la vitre d’une voiture. J’ai alors vu que sans m’en rendre compte mes mâchoires supérieures et inférieures étaient complètement décalées l’une de l’autre sous l’effet de la tension psychologique, donnant l’impression d’une souffrance étouffée défigurante. Aussi, dès que je m’arrêtais de marcher, et m’asseyais par exemple, tout me semblait irréel, comme si les hommes n'étaient plus que des êtres inanimés, des coquilles vides. Je voyais le monde comme à travers une caméra, de manière détachée, sans aucune émotion. Je me sentais étranger au monde. Comment des personnes pouvaient être dans un état si différent du mien, pouvaient trouver du sens à l'idée d'être en couple, d'avoir des enfants etc. ? Tout me semblait futile, dérisoire, sans aucun sens. J’étais réellement dans un autre monde. Je suis alors allé aux puces de Clignancourt pour acheter un pistolet, et me suis fait arnaquer en perdant ainsi 150 euros. Le jour du mariage de ma cousine, en rentrant chez moi, j’ai alors croisé un magasin d'antiquité et le vendeur m'a renseigné sur un pistolet de collection du XIXème siècle qui pouvait encore tirer à la poudre noire et qui nécessitait aucune licence puisque de collection. Il m'a expliqué la manière dont procéder pour tirer avec, mais finalement, je ne l'ai pas acheté. Bien que je sache que ce n’était pas vraiment le cas, j’ai eu l’impression que le vendeur savait très précisément pourquoi je voulais ce pistolet et était comme un ange envoyé par Dieu pour répondre à ma demande. Il n’avait aucun jugement, aucune crainte par rapport à ce que je voulais faire, au contraire, c’est comme si sa tâche avait été de m’expliquer jusqu’au bout et le plus clairement ce que je devais faire pour mettre fin à mes jours. J’essayais sans cesse de lui redonner un comportement humain, en observant une hésitation, une erreur qui trahirait sa nature humaine. Mais avec ces explications et ses réponses, il semblait planer au dessus du monde jusqu’au moment où j’ai été pris par une question obsessionnelle à propos du fonctionnement du pistolet, je l’ai vu être troublé et ne pas le comprendre. J’ai alors pensé que c’était une preuve que ce n’était pas un ange, et je n’ai pas acheté ce pistolet.
Ainsi cet état aigu a duré deux semaines et le dimanche 29 mai, avant d’aller dormir, ne pouvant plus supporter la nuit à venir avec l’insomnie, les angoisses à venir, j’ai demandé de l'aide d'urgence, contactant aussi mes parents. SOS médecin ne se déplaçait pas dans ma ville. Mais en bas de chez moi, on m'a donné les coordonnées d'un médecin ouvert le dimanche soir. Je lui ai tout dit, il m’a alors prescrit du Lexomil (et me donnait une lettre pour une hospitalisation d’urgence) que j'achetais le soir même à la pharmacie de garde. En renouant la communication avec mes parents ainsi qu’en prenant les anxiolytiques, les angoisses ont disparu en quelques semaines. Mon médecin traitant m'a par la suite prescrit des anti-dépresseurs (75mg Effexor). J’ai discuté avec mon père de ce que j’étais en train de vivre, il m’a écouté et j’ai exprimé mon problème principal qui était mes angoisses obsessionnelles, mes questions sans fin, mes impressions d’être déconnecté du monde, d’avoir peur de la pensée même. Peu de temps après, mes parents avec mes frères m’ont soulagé de la façon dont ils le pouvaient le plus facilement, c’est-à-dire matériellement en prenant à leur compte la fin du remboursement du prêt de mon appartement, ce à quoi je les remercie infiniment. En ce qui concerne mon état, je ressens toujours un fond d'anxiété. Si je n'arrive pas à trouver de l’aide afin de prendre du plaisir à vivre pour moi, à être autonome, de retrouver une confiance en la vie, à exprimer mon être profond, lorsque je serai à nouveau isolé notamment lorsque mes parents disparaitront, et je sens que je revivrai les « crises » et m’enfoncerai à nouveau.

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description de mes troubles

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:39

En résumé, voici les éléments décrivant mon trouble et ressortant brièvement de ce récit.
Mes premiers souvenirs de difficultés psychologiques datent de la maternelle et ont été un questionnement angoissant sur la réalité, une tristesse, une impression de solitude et d'abandon. Ces émotions et ruminations m’ont accompagné et fait souffrir durant ma scolarité durant laquelle j’ai eu des moments de crise où je me mettais à réfléchir sans cesse. Ce qui décrit le mieux ces moments, c’est une attirance vers une compréhension totale, « parfaite » qui m’obligeait sans cesse à réfléchir, me reposer des questions. Plus je réfléchissais à ces question et moins j’avais l’impression de comprendre ce sur quoi j’étais en train de penser et plus mes pensées m’échappaient. Mais si les souffrances étaient intenses dans ces moments, ce qui est plus grave, c’est que tout se passe comme si mon esprit a presque complètement abandonné le terrain de la pensée à cause de la peur de soulever toutes les angoisses. Je me suis donc construit un « monde minimal » avec des limites artificielles me permettant de tenir à distance des éléments trop concrets de la réalité déclenchant des angoisses de recherche incessante d’une explication « totale ». Dans ma confrontation à la réalité physique, je me sens investi pour être une personne de valeur du devoir de donner une preuve d’être en possession d'une explication totale et complète de ce qui la compose, ce que j'essaie de faire automatiquement par une intellectualisation extrême. Cela déclenche et mène par exemple à ce type de ruminations anxieuses : conceptualiser mentalement le mouvement de la terre autour du soleil dans « tous les référentiels », ou vouloir comprendre parfaitement la poussée d'Archimède finement au niveau du mouvement des molécules d'eau, comment et pourquoi une corde de guitare finalement vibrent suivant des fréquences d’onde correspondant à sa longueur données par la résolution d’une équation, ou pourquoi et comment notre esprit est capable d'imaginer une droite, alors qu'une ligne d'épaisseur nulle n'existe pas dans la réalité etc. J’échoue à trouver des réponses satisfaisantes, et je ressens après ces « échecs » une mauvaise image de moi, un sentiment de désespoir. Je ne vois pas autrement la réalité que comme ce qui « jauge ma valeur ».
En conséquence de cette distance à la réalité, mes positions de vie, mon discours n’est pas accompagné chez moi comme il le faudrait, de la sensation de « clôture », de complétude, et au contraire je ressens alors un éloignement involontaire de la réalité, avec l’impression de rester superficiel. Je ne peux donc pas jouir en quelque sorte de la réalité et de la vie comme tout le monde. Une personne à qui je parle, peut ressentir dans mon discours, une mise en retrait à cause d’une menace sourde que je ressens. Elles peuvent alors interpréter mon comportement comme celui de quelqu’un qui est incapable d’être naturel, spontané, libre ou qui cache quelque chose comme des secrets ou encore qui manque de sincérité alors qu’en réalité, c’est la peur d’être assailli par des questions incessantes qui agit. Si mes angoisses me sont avant tout intérieures, elles ont aussi un impact sur la profondeur de mon discours (ainsi que très certainement sur mon attitude corporelle ou verbale) qui est en quelque sorte escamotée par ma peur. Mon discours apparaît alors superficiel en tout cas pas à même de suivre l’intellect des autres personnes, à juste titre d’une certaine manière. De mon coté, lorsque je prends conscience de tout cela, je me sens étranger, écarté de la richesse et de la profondeur qui semblent si naturelles dans les relations qu'entretiennent les autres entre eux.
Mais ce phénomène a été inconscient car honteux, incompréhensible pour des personnes extérieures, et aussi source d’humiliation, de carence intellectuelles, ou psychiques ou spirituelles. J’ai donc toujours subi dans la conduite de ma vie personnelle, les éléments de discours de l'extérieur, de mes parents, de la société me poussant à me convaincre qu’il s’agit d’un problème « personnel » auquel, ils ne peuvent être qu’indifférents. Avec désespoir, j'ai adopté le principe que mes souffrances seraient toujours présentes quelque soit mes choix de vie et qu’il ne servait à rien de faire quelque choix qui soit.

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Mes troubles vs TOC

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:50

Fin juin, le seul nom que je pouvais poser sur mes troubles et qui provenait d’un psychologue que j’avais rencontré en avril, était « la surdouance ». Après avoir lu des ouvrages sur le sujet, ce « diagnostique » ne m’avait pas semblé reflété finalement ma pathologie, même s’il y avait peut- être certaines correspondances. Je me suis donc orienté vers un concept plus proche de ce que je ressentais : l’hypersensibilité. Bien que globalement me retrouvant bien dans cette catégorie de personnes qui pensent beaucoup sur le monde, je ne retrouvais pas la composante d’anxiété, les ruminations, ainsi que l’impression de déconnexion qui étaient selon moi les plus caractéristiques de mes souffrances.
Après avoir renoué avec mes parents, j’ai été amené à discuter par l’intermédiaire de mon père avec une tante, psychothérapeute qui a voulu m’apporter des éléments d’aide. Sa fille avait fait il n’y a pas longtemps une dépression postpartum, et pensant que je me trouvais dans une situation de souffrance assez semblable au sien, elle avait voulu me dire comment sa fille s’en était à peu près sortie. Elle m’a ainsi conseillé d’aller au service de thérapies cognitives et comportementales de Saint-Anne dans lequel sa fille avait été soigné et suivi par Christophe André. Dans notre discussion, elle m’a fait aussi remarquer qu’il lui semblait important d’avoir un diagnostique psychiatrique précis de mes problèmes, car une fois ce diagnostique posé, le chemin à prendre peut se dessiner même s’il peut tout de même être très difficile. Sauf bien sûr, m’a-t-elle dit, si je pense que mon problème n’est pas si « grave ». C’est alors que je lui ai dit en m’en rendant à peine compte, comme si les mots sortaient tout seul de ma bouche, que je pensais que mon cas me semblait relever de la psychiatrie. Elle m’a aussi dit que l’hypersensibilité, pour elle, c’était surtout de la «sensiblerie» et m’a indiqué que le diagnostic psychiatrique le plus proche de l’hypersensisbilité se nommait le « trouble de la personnalité borderline », m’indiquant aussi rapidement un livre grand public d’Elaine Aron sur l’hypersensibilité « ces gens qui ont peur d’avoir peur », cependant avec certaines réserves pour le coté conciliant de cet ouvrage par rapport à l’hypersensibilité. Malgré tout ce livre m’a permis de découvrir l’oeuvre du psychiatre Suisse (contemporain de Freud) C. G. Jung et notamment son livre sur les types psychologiques. Cela m’a permis de comprendre davantage ma personnalité et mon mode de fonctionnement. Je sais aujourd’hui donc que je fonctionne principalement en rapport avec sa typologie comme un introverti de type pensée et que ma fonction irrationnelle est l’intuition. Les mots de ce psychiatre , lui-même introverti de type pensée, m’ont touché et j’ai alors lu une bonne partie de son œuvre et principalement « Dialectique du moi et de l’inconscient », il y parle du processus d’individuation par lequel un homme vers le milieu de sa vie a besoin de sentir son être en profonde adéquation avec le monde, capable de vivre pour lui-même et surtout de la nécessité, afin d’y parvenir, d’être sincère, de regarder au fond de soi, d’accepter de voir ses défauts, et enfin de faire preuve d’un certain courage. Avec ces ingrédients, dieu (plutôt la conception de ce qui est davantage le « dieu en nous » que le dieu des religions), la nature font leur œuvre et permettent toujours à l’homme de se réaliser, de trouver sa vérité, son équilibre. L’oeuvre de C. G. Jung m’a beaucoup touché pour son profond respect et la profonde importance qu’il accorde à l’individu. En réalité, de part son coté scientifique, bien que certains nomment cela psychanalyse, son œuvre me semble plus relever de sciences cognitives que de dogmes dépassés (d’ailleurs sa typologie des personnalités est encore utilisée je pense dans le domaine de la psychologie). J’ai retenu de l’oeuvre de C. G. Jung, l’importance d’être sincère avec soi-même pour y chercher ce qu’on ne veut pas y voir. C’est ainsi que peu à peu, j’ai concentré mon attention sur ce qui en moi, me semblait être vraiment problématique. J’ai d’abord pensé à l’hypothèse d’avoir un TPB mais même si la composante impulsive pouvait être un argument pour, des éléments principaux de ma souffrance n’étaient pas inclus dans cette pathologie. Je ne retrouvais en effet toujours pas le coté obsessionnel et les ruminations.
Je suis donc retourné en arrière afin de chercher en quelque sorte ce qui avait été ma « première souffrance » de tout cet effet boule de neige qui avait suivi. Et je me suis rappelé de ce qui m’avait conduit en février dernier à vouloir me suicider et à chercher de l’aide chez mes parents : le fait de boucler en rond à l’infini sur certaines questions. C’est la première fois de toute ma vie où j’ai alors véritablement considéré la possibilité que ce seul phénomène précis, simple et isolé puisse être la caractéristique principale d’une pathologie psychiatrique parfaitement reconnue et identifiée, même si elle peut être plus vaste. Autrefois, bien sûr l’idée m’avait traversé l’esprit, mais je m’étais toujours dit : « comme les victimes de serial killer, on entend souvent parler des pathologies psychiatriques mais ce genre de choses arrive finalement toujours aux autres et jamais à soi ». Me renseignant sur tous les troubles inimaginables, je suis alors tombé sur les TOC, je me disais que la description théorique collait très bien mais que les cas cliniques correspondant, au contraire, me semblaient à milles lieux de ce que je vivais. En effet, les TOC qu’on voit les plus souvent dans les médias et les plus courants impliquent des actions physiques répétitives (lavages, vérification de portes etc.) qui ne ressemblaient absolument en rien à mon cas. Et dans la littérature, on prend en exemple pour les TOC de ruminations, plus proches de mon cas, des TOC dit d’impulsion où la personne se voit penser malgré elle à des idées contraire à ses principes et à sa personnalité. L’anxiété, l’impression de doute permanent, collait bien avec mes ruminations. Par contre, je n’arrivais pas à comprendre exactement ce qui dans mon cas était de l’ordre de l’obsession ou des compulsions, certains décrivant les compulsions des TOC de rumination comme des phrases d’apaisement ou des tentatives de supprimer les pensées. J’ai donc laissé de coté cette idée, non pas que je n’étais pas convaincu par ce diagnostic mais plutôt que j’avais du mal à comprendre la pathologie en question. J’étais donc encore une fois assez désespéré de ne pas avoir trouvé de nom de maladie psychiatrique à mettre sur mes souffrances.
J’étais tout de même décidé de suivre les recommandations de ma tante à propos des consultations dans le service de psychothérapies cognitives et comportementales de l'hôpital Saint-Anne. Ma tante m’avait dit qu’une lettre d’un psychiatre serait nécessaire pour être reçu en consultation et j’ai donc consulté deux psychiatres afin de leur expliquer ma situation et obtenir une lettre décrivant mon cas psychiatrique. J’étais particulièrement heureux de la perspective d’être suivi par ce service, dont ma tante m’avait vanté les miracles. Malheureusement au moment d’envoyer la lettre en demandant l’adresse précise au téléphone auprès de l’accueil de Saint-Anne, l’infirmière était formelle, il n’y avait absolument plus de suivi thérapeutique non sectorisé à Saint-Anne pour les thérapies individuelles, seules les thérapies de groupes étaient à présent ouvertes à l’extérieur. J’ai été alors complètement détruit par cette nouvelle, heureusement mon père a été là pour me redonner du courage.
A certains moments, j’avais fait l’hypothèse que ma pathologie était un état de dissociation léger et permanent avec la réalité, donc de déréalisation. Je suis alors tombé par hasard sur le numéro de téléphone à appeler pour participer à une étude expérimentale sur la déréalisation / dépersonnalisation (étude sur l’effet sur les TOC de la stimulation électrique extra-crânienne)7. En effet, comme développé précédemment, pendant la période de crise, je sais que j’avais eu des rêves donnant suite à de vraies dépersonnalisations. Par ailleurs, j’ai aussi compris que j’avais vécu pendant cette période des moments soit de vraies déréalisations soit un état comparable (moments durant lesquels le monde m’avait semblé virtuel). Même si ce n’était pas la « pathologie primaire », j’ai cependant conservé le rendez-vous avec le psychiatre de Saint-Anne pour en savoir plus aussi sur le mal-être que je vis depuis tout le temps et dont l’épisode de crise en mai, avait été la représentation consciente. Durant la 1ère consultation d’un peu moins d’une heure, j’ai décrit « mon histoire », ma détresse, mes idées d’en finir et mon besoin d’être aidé. Lors de la seconde consultation durant plus de 2 heures, j’ai décrit plus particulièrement mes « ruminations » en précisant le plus possible leur nature, notamment la détresse et la confusion mentale dans laquelle j’étais plongé quand ils s’étaient produits. Elle m’a alors donné son avis diagnostic en disant que ça ressemblait beaucoup à des TOC. Elle m’a demandé si j’avais pensé à cette éventualité, ce que je lui ai dit avoir effectivement fait, en lui précisant aussi ne pas avoir de « compulsions ». Elle m’a alors expliqué, que ce n’est pas toujours facile de faire la différence entre ce qui relève de l’obsession et de la compulsion, et que des idées peuvent aussi être des compulsions.
Aujourd’hui 4 mois après la crise fin mai, ma vision de mon mal-être a évolué en se précisant. De plus en plus, en me renseignant sur le sujet, comme indiqué par le Docteur de Saint-Anne, la pathologie du TOC n’est effectivement pas aussi simple qu’il n’y paraît. Ce que j’ai pu vérifier notamment en lisant les livres suivant qui apportent chacun leur vision (des livres récents se fondent même parfois sur des grands principes étiologiques justement contraires) de la pathologie :
• « Je ne peux m’arrêter de laver, vérifier, compter » - Alain Sauteraud (2002)
• « Faire face aux TOC » - Rémi Neveu (2005)
• « Le journal de Léa » - Elie Hantouche, Nathalie Faucheux (2011)
• Les troubles obsessionnels compulsifs – Martine Bouvard (2006)
• Les ennemis intérieurs (Obsessions et compulsions) – Jean Cottraux (2005)
• « Obsessions et psychasthénie » - Pierre Janet (1903)
• « Comprendre et traiter les TOC » - Anne-Hélène Clair (2016)


Dernière édition par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:55, édité 1 fois

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« Conclusion »

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:51

En « conclusion », l’obsession dont je souffre me semble être une obsession de compréhension « totale » de la réalité, qui se traduit par des ruminations cherchant à y répondre pour faire baisser l’angoisse. «Totale» s’oppose à un sentiment d’incomplétude dans lequel j’ai l’impression permanente de me situer. Il s’agit donc pour mon obsession de réussir à capter d’un seul coup toute la réalité, c’est-à-dire qu’en théorie, ne devrait alors ne plus rester de questions.
Il y des moments ponctuels de crise d’obsession déclenchée par des actions volontaires nécessitant une attention de pensée particulière, mais il y a surtout un « effet permanent », l’obsession s’étant comme fondue complètement dans ma personnalité de sorte qu’on ne peut plus que difficilement la différencier, la « décoller » de ma personnalité. Un peu comme ces coquillages adhérant tellement et depuis tellement longtemps aux rochers qu’ils en ont pris la couleur et semblent en faire partie. Les troubles ont comme « croqué » sur ma personnalité, tant la pathologie me semble m’avoir envahie. Dès qu’il s’agit de penser, le résultat de ma réflexion sont des pensées « tronquées », inexactes, grossières, superficielles. Ceci a été conditionné depuis des années (depuis toujours pratiquement) par la peur de tomber dans la rumination et dans l’angoisse. J’ai aussi la sensation permanente d’être déconnecté, impression que les autres sont dans un autre monde que moi, tant il est très clair que « mes questions » n’ont pour eux qu’une importance très secondaire. La comparaison avec « une plaie agricole », comme par exemple les limaces, me semble exprimer ce que que je ressens : en effet, « les limaces peuvent envahir les terres et saccager les cultures ; il est très difficile de s’en débarrasser efficacement tout en préservant les cultures existantes ; mais, une terre saine en possède toujours quelques unes qui n’impactent alors pas beaucoup la production ».
Pour finir, j’ai cité ci-dessous les extraits des différents ouvrages principaux que j’ai lus, en me focalisant sur les propos que les auteurs avaient écrits soit sur la pathologie du TOC quelque soit sa forme, soit spécifiquement au sujet des « ruminateurs », soit pour présenter leur apport personnel sur la question. Mon objectif est de montrer la diversité des avis, et donc une certaine complexité de la pathologie.
A la suite, j’ai aussi listé dans un tableau, les sujets de ruminations survenues ces derniers mois début août « s’ajoutant » à l’état permanent décrit ci-dessus.

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Notes

Message par LaurentA le Mer 26 Oct - 20:51

1 Lorsque j’ai fini d’écrire ce texte, j’ai mis des « pseudos-titres » en gras surligné mais dans l’unique but qu’on puisse s’y retrouver visuellement. Mais le texte a été écrit d’un seul morceau, il faut toujours garder à l’esprit que ce n’est qu’un seul et unique « bloc ».

2 Un jour, alors que ma mère venant me récupérer chez cet orthophoniste avec ma grand-mère, elle avait expliqué le motif de ces consultations à ma grand-mère en disant que je ne parlais pas « assez ». J’imagine que mes parents ne se sont en fait pas vraiment posé la question d’où venaient mes difficultés, pensant que l’orthophoniste réglerait le problème.

3 Dans l’enfance, je pense avoir fait de l’ordre d’une demi-douzaine de telle dépersonnalisation

4 Lors de l’été séparant la première et la terminale, dans une bibliothèque d’une chambre inutilisée des amis à mon cousin en Israel chez qui je passais quelques jours de repos dans le cadre du volontariat civil que j’effectuais, je suis tombé par hasard sur « Introduction à la psychanalyse » de S. Freud. Avec un peu de honte, je « volais » l’ouvrage que j’ai dévoré pendant le reste du séjour. En terminale, j’avais ensuite lu d’autres ouvrages de Freud comme « Cinq leçons de psychanalyse », « Totem et tabou ». J’ai cherché dans ces ouvrages des explications à mes problèmes mais en réalité sans être véritablement convaincu par la théorie de Freud. Je conservais néanmoins, non sans culpabilité, le terme de « névrose » et l’idée qu’une telle chose en moi agissait à mes dépends.

5 la cohérence des mathématiques me paraissait si mystérieuse et me mettait dans un tel état de panique et d’angoisse que je me résolus à suivre la règle formelle de ne plus jamais faire de mathématiques par « goût » personnel.

6 Après être entré dans la vie professionnelle, j’ai commencé jusqu’à aujourd’hui à faire des rêves où je devais passer le baccalauréat, ou plus souvent, où je revivais l’impression honteuse de ne pas être diplôme, soit à cause de problèmes scolaires graves dans l’école d’ingénieur, soit que que le niveau des concours m’apparaissaient avec évidence hors de portée.

7 J’étais tombé dessus par hasard en tapant ‘Saint-Anne Christophe André’ dans Google alors que je m’intéressais à ce que proposait, « à coté » de la méditation pleine conscience, l’hôpital de Saint-Anne, auquel l’un des spécialistes sur la question, Christophe André était rattaché

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